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Les techniques de conservation : faire durer un aliment au-delà de sa date

Anti-gaspi
9 parties

Conserver un aliment revient à retarder ce qui le détruit. Les micro-organismes, l'eau, l'air et la chaleur sont les agents de sa dégradation, et chaque technique de conservation en neutralise un ou plusieurs : le froid ralentit, le sel et le sucre retirent l'eau disponible, l'acidité empêche la croissance, la chaleur stérilise. Ce dossier décrit ces leviers, les techniques qui en découlent, donne pour chaque aliment des autres dossiers anti-gaspi celle qui lui convient, et dit ce qu'aucune technique ne sauve.

Les trois ennemis et les cinq leviers

Un aliment se dégrade pour trois raisons. Les micro-organismes (bactéries, levures, moisissures) s'y multiplient et le gâtent ou le rendent dangereux. L'eau, qui doit être disponible pour eux, détermine leur croissance. L'air et la chaleur, enfin, rancissent les graisses et brunissent les chairs par oxydation, et accélèrent tout le reste.

Cinq leviers répondent à cela. Le froid ralentit la multiplication, sans la supprimer. Le retrait de l'eau (séchage) prive les micro-organismes de ce dont ils ont besoin. L'acidité, naturelle ou ajoutée, arrête beaucoup d'entre eux sous un pH de 4,6. Le sel et le sucre fixent l'eau et la rendent indisponible. La chaleur, enfin, détruit les micro-organismes, à condition d'être suffisante et d'être suivie d'un contenant fermé.

Une bonne conservation combine souvent deux leviers : le jambon cru est salé et séché, le pickle est acide et salé, la confiture est sucrée et chauffée. Chaque technique ci-dessous dit lesquels elle utilise.

Les trois ennemis et les cinq leviers
LevierCe qu'il faitTechniques
FroidRalentit ou arrête la multiplicationRéfrigération, congélation
Retrait de l'eauPrive les micro-organismes d'eauSéchage, déshydratation
AciditéEmpêche la croissance sous un pH de 4,6Vinaigre, lacto-fermentation, citron
Sel et sucreFixent l'eau libreSalage, saumure, confiture, fruits confits
ChaleurDétruit les micro-organismesStérilisation, pasteurisation, cuisson

La congélation

La congélation arrête la multiplication des micro-organismes, qui ne sont pas détruits, et ralentit les réactions chimiques : à -18 °C, un aliment ne se gâte pas. Ce qu'elle ne fait pas est tout aussi important : elle ne tue pas Listeria, elle ne stérilise rien, et elle ne rend pas sain un aliment douteux. Congeler, c'est mettre en pause.

La qualité dépend de la vitesse et de l'eau contenue. Plus l'aliment est épais et humide, plus de gros cristaux se forment, qui déchirent les fibres : les salades, les tomates entières, les œufs en coquille, les yaourts, les crèmes liquides et les fromages frais supportent mal la congélation. La viande, le pain, le beurre, les herbes hachées et les plats cuits la supportent très bien. On congèle en portions, à plat, sans air, en étiquetant la date.

La décongélation se fait au réfrigérateur, et un aliment décongelé se consomme rapidement : une viande ou un poisson cru, dans les 24 heures. Une viande crue décongelée ne se recongèle pas. En revanche, un plat cuit à partir d'elle se congèle.

La congélation
AlimentDurée au congélateurTexture au retour
Viande hachée crueJusqu'à 3 moisBonne
Pain2 à 3 moisBonne, à réchauffer
Beurre6 mois environBonne
Herbes hachéesPlusieurs moisMolles : pour la cuisson
Jambon tranché2 à 3 moisAqueux : pour plats cuits
Salade, yaourtNon recommandéeDétruite

Le séchage et la déshydratation

Le séchage retire l'eau jusqu'à un point où les micro-organismes ne se développent plus. Il se pratique à l'air, au soleil, au four très bas ou dans un déshydrateur, à 40 °C à 70 °C selon l'aliment. Les herbes, les tomates, les champignons, les fruits en tranches et la viande salée (jambon, saucisson) s'y prêtent.

La règle est que le séchage doit aller jusqu'au bout : un aliment à demi séché garde assez d'eau pour moisir. Les herbes doivent casser, les tomates et les champignons être cassants ou cuir sec, et on les conserve ensuite dans un bocal propre et sec, à l'abri de la lumière.

Le séchage concentre le goût et le sucre. Il ne détruit pas ce qui est présent à la surface : on lave et on sèche proprement avant, et on vérifie à l'ouverture qu'aucun point ne s'est mis à moisir. Un bocal d'aliments séchés qui a pris l'humidité se jette.

Cake au thon et aux tomates séchées

Cake aux tomates séchées, mozzarella et basilic

Le salage, la saumure et la lacto-fermentation

Le sel attire l'eau hors des cellules des aliments et des micro-organismes par osmose. À une concentration suffisante, la plupart des bactéries ne se développent plus : c'est le principe de la salaison, du jambon cru, du poisson salé et des jaunes d'œufs salés.

On sale à sec, en enrobant l'aliment de gros sel, ou en saumure, en l'immergeant dans une solution d'eau salée. Les proportions varient avec ce que l'on cherche : une conservation longue demande un taux de sel élevé, une marinade courte un taux modéré. Pour les produits à conserver longtemps, on suit une recette éprouvée plutôt que d'estimer à l'œil.

Dans une saumure à 2 % à 3 % de sel, les légumes sont colonisés par des bactéries lactiques qui transforment leurs sucres en acide lactique. L'acidité monte, le pH tombe sous 4,6, et les bactéries indésirables sont empêchées. C'est la technique de la choucroute, du kimchi et des cornichons malosol.

Les conditions sont précises. Les légumes doivent rester sous la saumure, car ce qui dépasse à l'air moisit. Le bocal est propre, la température ambiante modérée, de 18 °C à 22 °C, la durée de quelques jours à quelques semaines, et on goûte pour juger de l'acidité. Quand le goût est celui que l'on veut, on met au froid, qui ralentit la fermentation.

Une odeur putride, une mousse visqueuse ou une moisissure colorée signalent un échec : on jette tout. Un voile blanc plat peut être une levure sans danger (le kahm), mais dans le doute, on jette.

Le vinaigre et les pickles

Le vinaigre apporte l'acidité directement, sans attendre la fermentation. Un pickle est un légume cru ou blanchi, versé dans un mélange chaud de vinaigre, d'eau, de sel et de sucre. Pour que l'acidité suffise, le vinaigre doit être à au moins 5 % d'acidité, et la proportion de vinaigre ne doit pas être réduite en cherchant à adoucir : on adoucit avec du sucre.

Un pickle de réfrigérateur se garde quelques semaines au froid, dans un bocal propre. Il n'est pas stérilisé : on le garde au froid. Pour un pickle conservé à température ambiante, on suit une recette éprouvée (officielle ou d'un organisme de référence), avec un temps de traitement thermique et une acidité contrôlée.

Les oignons rouges, les radis, les concombres, les carottes, les betteraves et les champignons font de bons pickles. Les herbes et les épices se mettent dans le bocal, et le vinaigre reste le même.

Le sucre : confitures et fruits confits

Le sucre agit comme le sel : il se lie à l'eau et la rend indisponible. Une confiture à 60 % de sucre ou davantage est assez concentrée pour se garder, et la cuisson détruit les micro-organismes en surface. Moins de sucre donne une confiture plus fruitée, mais qui se garde moins : on la met au froid et on la consomme vite.

Les fruits confits se préparent en remplaçant peu à peu l'eau du fruit par du sirop, en plusieurs jours, de plus en plus concentré. Ils se conservent longtemps, au sec, et se retrouvent dans les cakes et les cannoli.

Le sucre a ses limites : une confiture entamée peut moisir, et on ne rattrape pas une moisissure en grattant la surface, la moisissure ayant des filaments invisibles dans la masse. Dans le doute, le pot se jette.

Lunettes à la confiture

Cannoli siciliani (cannoli à la ricotta et aux fruits confits)

Florentins aux écorces d'orange et au cédrat confits

L'huile, le confit, les graisses et les bocaux

Immerger un aliment dans l'huile ou la graisse le protège de l'air, mais cela ne le stérilise pas, et c'est le piège du confit à la maison. Un aliment peu acide, plongé dans l'huile ou conservé en bocal sans air (ail, champignons, piments, légumes grillés, viande), est un terrain idéal pour Clostridium botulinum, dont la toxine est mortelle et sans goût ni odeur. Un bocal de légumes à l'huile se garde au réfrigérateur, quelques jours, jamais à température ambiante, sauf produit acidifié selon une recette officielle.

Le confit traditionnel (canard, oie) fonctionne parce que la viande a été salée, puis cuite longtemps dans sa graisse, qui se fige et la protège. On le garde au froid. Le beurre clarifié et le ghee, dont on a retiré l'eau et les protéines du lait, se gardent plusieurs mois au frais, et le saindoux, graisse de porc fondue, longtemps au froid. Le citron confit au sel suit un autre principe : c'est le sel qui conserve.

La stérilisation en bocaux est la seule méthode qui permette de garder à température ambiante un aliment peu acide, mais elle exige un temps et une température précis, selon l'aliment, et un autoclave pour les produits peu acides. Pour les durées, on suit les fiches officielles, notamment celles de l'Anses et des organismes de sécurité sanitaire, et on n'invente pas de tableau.

Beurre clarifié (ghee)

Tajine de boulettes de poulet au citron confit et aux olives

Quiche à l'oignon confit

Quelle technique pour quel aliment

Ce tableau rassemble les aliments traités dans les autres dossiers anti-gaspi : œufs, beurre, lait, crème, yaourt, fromage, pain, herbes, champignons, bananes, tomates, salade, jambon et viande hachée. Pour chacun, la technique de conservation à privilégier et ce qu'elle apporte. Le détail de chaque aliment est dans le dossier qui porte son nom : « Que cuisiner quand on a beaucoup trop de beurre qui arrive à péremption », et ainsi de suite pour les autres.

Ce sont des orientations générales, qui ne remplacent ni la date portée par l'étiquette ni le bon sens : un aliment dont la date est dépassée et dont l'aspect est douteux se jette.

Quelle technique pour quel aliment
AlimentTechnique à privilégierDurée indicativeTexture ou limite
ŒufsJaunes salés ou en saumure, congélation sans coquilleVariable selon la méthodeCongeler crus, sans coquille
BeurreGhee ou beurre clarifié, congélationPlusieurs moisBonne congélation
LaitCongélation, transformation en yaourt ou fromage fraisVariableLégère séparation à la décongélation
CrèmeCongélation après la préparation d'un plat, beurre maisonVariableLa crème liquide sépare
YaourtTransformation (pâtisserie, fromage frais égoutté)Quelques jours une fois égouttéNe se congèle pas bien nature
FromageCongélation râpé, saumure, huile pour les fromages fraisVariablePâtes dures et râpé : bien ; pâtes molles : mal
PainCongélation en tranches, séchage en chapelure2 à 3 moisBonne, à réchauffer
HerbesCongélation hachée, séchage, pestoPlusieurs moisMolles : pour la cuisson
ChampignonsSéchage, cuisson puis congélationPlusieurs moisCrus : se congèlent mal
BananesCongélation pelées, séchagePlusieurs moisMolles : smoothies, gâteaux
TomatesCoulis cuit congelé ou stérilisé, séchagePlusieurs moisCrues entières : molles
SaladeAucune bonne ; la cuire en soupe ou en wokQuelques jours au froidNe se congèle pas
JambonCongélation en portions, mousse, bouillon d'os2 à 3 moisTexture aqueuse
Viande hachéeCuire puis congeler, ou congeler crue à platJusqu'à 3 moisJamais recongeler une viande crue décongelée

Ce qu'aucune technique ne rattrape

Certaines limites ne se négocient pas. Le botulisme est dû à une toxine produite dans un milieu sans air, peu acide et non chauffé suffisamment : bocaux de légumes, de viande ou de poisson mal stérilisés, ail ou champignons à l'huile. La toxine ne se voit pas et ne se sent pas, un couvercle bombé ou un bocal qui siffle à l'ouverture est un signal d'alerte, et on jette sans goûter.

Listeria monocytogenes se développe au froid, y compris au réfrigérateur, sur les aliments prêts à manger : jambon, fromages au lait cru, poissons fumés, plats cuisinés. Elle est surtout dangereuse pour les femmes enceintes, les personnes âgées et immunodéprimées. La congélation ne la détruit pas, la cuisson à cœur oui. Salmonella, enfin, concerne les œufs, la volaille et les viandes crues.

Au quotidien, la règle est simple : on respecte la DLC, on jette tout aliment qui présente une odeur, une viscosité ou une moisissure suspecte, et on ne goûte jamais pour vérifier. Dans le doute, on jette. Les règles sur les dates sont publiées par la DGCCRF et les fiches sur les dangers par l'Anses.

Sources

Anses : sécurité sanitaire des aliments : L'Anses publie les avis et fiches sur les dangers biologiques des aliments (Listeria, Salmonella, E. coli) et sur la cuisson et la conservation des viandes.

DGCCRF : dates de péremption (DLC et DDM) : La DGCCRF publie les règles sur la date limite de consommation et la date de durabilité minimale, et sur ce que l'étiquette doit indiquer après ouverture.

Santé publique France : Manger Bouger : Le site de Santé publique France publie les repères alimentaires et les conseils de conservation à l'attention du grand public.

Les recettes du dossier

Beurre clarifié (ghee)

Lunettes à la confiture

Cake au thon et aux tomates séchées

Tajine de boulettes de poulet au citron confit et aux olives

Quiche à l'oignon confit

Cake aux tomates séchées, mozzarella et basilic

Cannoli siciliani (cannoli à la ricotta et aux fruits confits)

Florentins aux écorces d'orange et au cédrat confits

Les autres dossiers

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