Le fer : deux formes, un taux d'absorption qui n'est pas le même, et 546 recettes qui le publient

Nutrition
8 parties

Le fer est le seul minéral dont la fiche de l'Anses commence par une distinction de forme plutôt que par un chiffre. Il existe dans l'alimentation sous deux formes qui ne se comportent pas de la même façon : le fer héminique, que l'agence situe « exclusivement dans la chair animale », et le fer non héminique, celui des légumineuses, des céréales, des graines et des légumes. La quantité se lit sur une étiquette, la forme ne s'y lit pas, et c'est la forme qui décide de la proportion réellement absorbée. Ce dossier publie ce que l'agence écrit, ce que les 546 recettes dont la colonne fer passe la porte de couverture mesurent réellement par portion, et les références françaises telles qu'elles sont publiées. Il ne fixe aucun objectif et ne calcule aucun pourcentage d'apport : la raison de ce refus a sa propre page.

Deux formes, et l'agence les sépare nettement

La fiche de l'Anses sur le fer pose la séparation dès ses premières lignes. Le fer héminique « est présent exclusivement dans la chair animale (viande et produits dérivés, abats, poissons et fruits de mer) dont il constitue, selon les espèces et les morceaux, 15 à 80 % du fer présent ». Le reste du fer de ces aliments, et la totalité du fer de tous les autres, est non héminique.

L'agence ajoute deux choses. La première : « Le taux d'absorption du fer héminique est supérieur à celui du fer non héminique. » La seconde, plus utile en cuisine : ce taux n'est pas une constante de l'aliment. Il dépend de l'état des réserves de la personne, de la proportion de fer héminique du repas, et de la présence de composés qui augmentent l'absorption du fer non héminique, la vitamine C au premier rang, ou qui la diminuent, les tanins du thé par exemple.

Une conséquence directe : deux plats qui affichent le même nombre de milligrammes ne sont pas interchangeables, et aucune table de composition ne peut le signaler, puisqu'une table donne des quantités et non des formes. C'est la raison pour laquelle ce répertoire consacre un chapitre entier à la question, plutôt que de l'enfouir dans une note de bas de page.

Deux formes, et l'agence les sépare nettement
FormeOù l'Anses la situePart du fer de l'alimentCe qui fait bouger le taux d'absorption
Fer héminiqueexclusivement la chair animale : viande et produits dérivés, abats, poissons et fruits de mer15 à 80 % selon l'espèce et le morceaul'état des réserves, la proportion héminique du repas
Fer non héminiquelégumineuses, céréales, graines, légumes, et la part restante des aliments d'origine animalele complément, et la totalité pour tout aliment végétalla vitamine C qui l'augmente, les tanins du thé qui la diminuent, les réserves

Ce que le répertoire mesure dans la colonne fer

Sur les 935 recettes du catalogue, 546 publient une valeur de fer par portion. Les 389 autres ne la publient pas parce qu'un ingrédient significatif de la recette a une teneur inconnue dans la table de composition, ce qui fait tomber la couverture de la colonne sous 0,9 : la somme est alors refusée plutôt qu'approchée. Ce refus est la règle générale du répertoire et il explique la plupart des cases vides des fiches.

Là où la valeur existe, la médiane est de 2,7 mg par portion, le neuvième décile de 8,26 mg, et le maximum de 45,3 mg pour des moules-frites. Les mollusques occupent tout le haut du classement absolu, ce qui est cohérent avec ce que l'Anses situe dans les fruits de mer.

Le détail par régime est plus instructif que le total. Les recettes qui ne sont pas végétariennes ont une médiane de 3,74 mg, les végétariennes strictes (avec produits laitiers ou œufs) de 2,09 mg, les vegan de 1,76 mg. L'écart existe, il est d'environ un facteur deux entre les deux extrêmes de cette échelle, et il porte sur la quantité seule : la forme, elle, change complètement, et aucun de ces chiffres ne le dit.

Ce que le répertoire mesure dans la colonne fer
Ensemble mesuréRecettes qui publient la colonneMédiane par portionNeuvième décileMaximum
Tout le catalogue546 sur 9352,7 mg8,26 mg45,3 mg (moules-frites)
Recettes non végétariennes2093,74 mgnon publié ici45,3 mg
Végétariennes avec laitier ou œuf1482,09 mgnon publié ici15,21 mg (piyaz)
Vegan1891,76 mg7,44 mg19,91 mg (soupe de haricots blancs)

Les légumineuses tiennent le haut du tableau sans viande

Le fait mesuré le plus contre-intuitif du catalogue est celui-ci : la recette la plus riche en fer après les plats de coquillages est une soupe végétalienne. La soupe de haricots blancs, chou kale et romarin publie 19,91 mg de fer par portion, davantage que le cassoulet (17,8 mg) et que n'importe quelle recette de viande rouge du répertoire.

L'explication n'est pas botanique mais pondérale. Un haricot blanc sec porte 10,4 mg de fer pour 100 g dans la table Ciqual, et une portion de soupe en contient un poids sec considérable. Une viande rouge hachée en porte 1,94 mg pour 100 g. Le fer du haricot est intégralement non héminique et celui de la viande l'est en partie seulement, ce qui déplace la question de la quantité vers l'absorption, sans annuler la quantité.

Dans l'ensemble du catalogue, 346 recettes sur 546 publient au moins 2 mg par portion, 138 au moins 5 mg, et 58 au moins 8 mg. Ces seuils ne sont pas des recommandations : ce sont des façons de lire la dispersion d'une colonne.

Les légumineuses tiennent le haut du tableau sans viande
RecetteTypeFer mesuré par portionRégime
Soupe de haricots blancs, chou kale et romarinsoupe19,91 mgvegan
Piyaz (salade turque de haricots blancs à l'oignon rouge)entrée15,21 mgvégétarienne
Gigantes plaki (haricots blancs au four à la grecque)plat14,41 mgvégétarienne
Rajma (curry de haricots rouges)plat13,07 mgvegan
Dahl de lentilles corail au lait de cocoplat11,55 mgvegan
Espinacas con garbanzos (épinards aux pois chiches à l'andalouse)plat10,32 mgvegan
Moules-fritesplat45,3 mgni l'un ni l'autre
Cassouletplat17,8 mgni l'un ni l'autre

Les épices, ou pourquoi une teneur pour 100 g ne dit rien d'une assiette

La table de composition réserve un piège de lecture que ce dossier préfère désamorcer. Le cumin moulu porte 66,4 mg de fer pour 100 g, soit six fois le haricot blanc sec et trente fois la viande hachée. Le thym en porte 17,5 mg, le persil 6,2 mg. À lire la colonne seule, une cuisine épicée serait la première source de fer du répertoire.

Elle ne l'est pas, et pour une raison d'arithmétique élémentaire : les sommes par portion du répertoire utilisent le poids déclaré de chaque ingrédient, et une épice se déclare en grammes quand une légumineuse se déclare en dizaines de grammes secs. Une teneur pour 100 g est une propriété de la matière, pas une contribution à une assiette. Les deux ne se confondent que si l'on oublie de multiplier par le poids.

C'est exactement pour cela que les fiches de recettes de ce site publient des valeurs par portion et non des teneurs pour 100 g, et que les deux ne sont jamais mélangées dans un même tableau sans que la colonne le dise.

Les épices, ou pourquoi une teneur pour 100 g ne dit rien d'une assiette
IngrédientFer pour 100 g (Ciqual)Ce que le répertoire en pèse dans une recette
Cumin moulu66,4 mgquelques grammes
Thym17,5 mgune branche ou une pincée
Graines de sésame14,6 mgde l'ordre de 10 g
Haricot blanc sec10,4 mgplusieurs dizaines de grammes secs par portion
Lentille sèche6,31 mgplusieurs dizaines de grammes secs par portion
Viande de bœuf hachée1,94 mgde l'ordre de 100 g

Le fer et la vitamine C, comptés ensemble

Puisque l'Anses cite la vitamine C comme le principal facteur qui augmente l'absorption du fer non héminique, la question se pose de savoir combien de recettes du répertoire portent les deux en quantité notable. Elle est calculable, à une condition : que les deux colonnes passent la porte de couverture pour la même recette, ce qui est plus rare que chacune prise séparément.

303 recettes publient à la fois une valeur de fer et une valeur de vitamine C. Parmi elles, 121 portent au moins 2 mg de fer et au moins 20 mg de vitamine C dans la même portion. Chez les recettes végétariennes, 191 publient les deux colonnes et 56 franchissent les deux seuils ; chez les recettes vegan, 126 publient les deux et 38 franchissent les deux.

Les seuils de 2 mg et 20 mg sont arbitraires et servent seulement à compter : ils ne viennent d'aucune agence, et ce dossier ne prétend pas qu'une portion qui les franchit fait quoi que ce soit. Le mécanisme, lui, est documenté et développé dans un chapitre dédié du dossier sur l'assimilation.

Le fer et la vitamine C, comptés ensemble
EnsembleRecettes publiant fer et vitamine CDont au moins 2 mg de fer et 20 mg de vitamine C
Tout le catalogue303121
Recettes végétariennes19156
Recettes vegan12638

Les références françaises, telles que l'Anses les publie

L'Anses publie pour le fer un besoin nutritionnel moyen (BNM), une référence nutritionnelle pour la population (RNP) et une limite supérieure de sécurité (LSS). Le cas du fer a une particularité que peu de minéraux partagent : la référence des femmes adultes est scindée selon l'importance des pertes menstruelles, parce que l'écart de pertes entre les deux groupes est du même ordre que la référence elle-même.

Ce tableau reproduit les valeurs publiées pour les adultes. Il est ici pour être lu, pas pour être croisé : aucune page de ce site ne divise le contenu d'une assiette par l'une de ces valeurs, et le dossier sur les apports de référence explique pourquoi en détail.

Sur le versant de l'excès, l'agence indique que le risque est négligeable chez une personne dont la fonction intestinale est normale, l'absorption du fer étant régulée à l'entrée ; la surcharge chronique concerne les situations d'hémochromatose, où le mécanisme de régulation est en défaut.

Les références françaises, telles que l'Anses les publie
Population (18 ans et plus)BNMRNPLSS
Hommes6 mg/j11 mg/j40 mg/j
Femmes, pertes menstruelles faibles à modérées7 mg/j11 mg/j40 mg/j
Femmes, pertes menstruelles élevées7 mg/j16 mg/j40 mg/j
Femmes enceintes7 mg/j16 mg/j40 mg/j
Femmes allaitantes7 mg/j16 mg/j40 mg/j
Femmes ménopausées6 mg/j11 mg/j40 mg/j

Les situations sur lesquelles les agences publient

Il existe des situations pour lesquelles les agences publient spécifiquement, et les nommer n'est pas donner un conseil : c'est dire où la question se traite. L'Anses regroupe les populations à risque de déficit en trois familles : les périodes de croissance (nourrissons, enfants, femmes enceintes), les pertes de sang importantes (pertes menstruelles élevées, pathologies hémorragiques), et les défauts d'absorption liés à une inflammation ou une infection.

Une suspicion de carence relève d'un examen biologique et non d'une lecture de table de composition. La HAS publie précisément quels examens du métabolisme du fer demander dans ce cas, et son texte est lié en fin de dossier pour cette raison.

Sur le plan international, l'OMS et la FAO publient des besoins en fer qui varient selon la biodisponibilité globale du régime : une même quantité de fer alimentaire n'a pas la même portée dans un régime riche en viande et en vitamine C que dans un régime dominé par les céréales complètes. C'est la formalisation, à l'échelle d'une population, de ce que la première section de ce dossier décrit à l'échelle d'un repas.

Les situations sur lesquelles les agences publient
SituationCe que l'agence en ditQui publie
Croissance : nourrissons, enfants, grossessebesoins accrus, référence distincte dans les tablesAnses
Pertes menstruelles élevées, pathologies hémorragiquesRNP portée à 16 mg/j pour ce groupeAnses
Inflammation, infection, malabsorptionabsorption diminuée, risque de déficitAnses
Suspicion de carencequels examens biologiques demanderHAS
Hémochromatosesurcharge chronique par défaut de régulationAnses

Idées de menus, et ce que cette page ne dit pas

Les combinaisons ci-dessous existent dans le catalogue et chacune porte la valeur mesurée de ses recettes, séparément. Elles ne sont pas additionnées : le planificateur du site fait cette somme sur une journée réelle, avec les portions réellement servies, et c'est le seul endroit où elle est juste. Le composeur de semaine végétarienne reprend les mêmes recettes avec des règles de variété.

Ce que cette page ne fait pas, délibérément : elle ne propose aucun objectif quotidien, ne qualifie aucune recette de suffisante en fer, et n'affiche nulle part un pourcentage d'apport de référence. Le dossier sur les apports de référence explique ce refus, le dossier sur l'assimilation explique les mécanismes, et la page à destination des praticiens dit ce que le site peut et ne peut pas servir à un professionnel.

Une dernière limite, mesurée : 389 recettes du catalogue ne publient pas de valeur de fer du tout. L'absence de chiffre sur une fiche n'est donc jamais l'affirmation d'une absence de fer, seulement le refus de publier une somme incomplète.

Idées de menus, et ce que cette page ne dit pas
Idée de repasRecettes du catalogueFer mesuré, par portion et séparément
Entrée de légumineuses, plat de légumes-feuillesPiyaz, puis espinacas con garbanzos15,21 mg et 10,32 mg
Soupe complète, sans platSoupe de haricots blancs, chou kale et romarin19,91 mg
Plat mijoté du placard, hors saison des légumesRajma (curry de haricots rouges)13,07 mg
Dîner rapide, une seule casseroleDahl de lentilles corail au lait de coco11,55 mg
Repas de coquillagesMoules-frites45,3 mg

Sources

Anses, « Le fer » : la fiche de l'agence sur les deux formes alimentaires du fer, sur la part du fer héminique dans la chair animale et sur ce qui modifie son absorption

Anses, « Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux » : le rapport d'expertise qui fixe les références françaises actuelles, minéral par minéral et classe d'âge par classe d'âge, y compris la distinction entre pertes menstruelles modérées et élevées

HAS, « Choix des examens du métabolisme du fer en cas de suspicion de carence en fer » : la recommandation française sur les examens à demander quand une carence est suspectée, c'est-à-dire la porte à laquelle frappe une question que cette page ne traite pas

OMS et FAO, « Vitamin and mineral requirements in human nutrition » : le rapport conjoint qui donne les besoins en fer selon la biodisponibilité du régime, et qui explique pourquoi une même quantité de fer ne compte pas partout pareil

EFSA, DRV Finder, valeurs nutritionnelles de référence européennes : l'outil qui donne, nutriment par nutriment et classe d'âge par classe d'âge, les valeurs de référence adoptées au niveau européen

Anses, « Les minéraux » : la page d'ensemble de l'agence sur les macroéléments et les oligo-éléments, et sur ce qui distingue les deux classes

Table Ciqual 2025, Anses, composition nutritionnelle des aliments : la table dont sont tirées les compositions des ingrédients, et donc tous les chiffres par portion et par 100 g de ce dossier

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Ces liens ouvrent la liste des recettes avec un seuil déjà posé. Le seuil n'est pas choisi : c'est le neuvième décile de la colonne, la valeur qu'une recette sur dix dépasse parmi celles qui la publient. Il est mesuré sur le catalogue au moment où cette page est construite, et il bougera quand le catalogue bougera.

Aucune référence nutritionnelle n'entre dans ce calcul. Un décile dit où une portion se situe dans ce répertoire ; il ne dit rien de ce qu'elle apporte à quelqu'un, et c'est pourquoi ces liens ne sont écrits ni « source de » ni « riche en », deux mentions que le règlement européen réserve à des conditions que ce site ne vérifie pas.

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