Les vitamines : treize molécules, et ce qu'une table sait vraiment
Une vitamine est une molécule organique dont le corps a besoin en très petite quantité et qu'il ne sait pas fabriquer, ou pas assez. Treize sont reconnues, et la seule classification qui serve en cuisine les coupe en deux : celles qui se dissolvent dans l'eau et celles qui se dissolvent dans la graisse. La première moitié part dans l'eau de cuisson, la seconde suit le corps gras de la poêle. Ce dossier nomme les treize, dit ce que les agences publient, et surtout dit franchement ce que ce site sait doser et ce qu'il ne sait pas : une colonne dont deux recettes seulement sont publiables n'est pas une donnée, c'est un trou, et il vaut mieux le nommer.
Neuf hydrosolubles, quatre liposolubles
Les vitamines hydrosolubles sont les huit du groupe B (B1, B2, B3, B5, B6, B8, B9, B12) et la vitamine C. Elles se dissolvent dans l'eau, circulent librement, et l'organisme n'en constitue pas de réserve importante, à l'exception notable de la B12, stockée dans le foie.
Les liposolubles sont les vitamines A, D, E et K. Elles se dissolvent dans les corps gras, sont absorbées avec eux, et sont stockées dans le tissu adipeux et le foie. C'est cette propriété de stockage qui explique pourquoi elles sont les seules à faire l'objet de limites supérieures de sécurité dans les rapports d'expertise.
La conséquence pratique est une règle de cuisine, pas une règle de santé. Un légume bouilli perd une partie de ses hydrosolubles dans l'eau : elles n'ont pas été détruites, elles ont changé de contenant, et garder l'eau les garde. Un légume riche en caroténoïdes cuit sans matière grasse laisse une partie de sa vitamine A potentielle inaccessible.
L'Anses publie une page d'ensemble sur ce qu'est une vitamine et un rapport d'expertise qui fixe les références françaises molécule par molécule. Les deux sont liés en fin de dossier.
| Vitamine | Nom chimique usuel | Famille |
|---|---|---|
| B1 | Thiamine | hydrosoluble |
| B2 | Riboflavine | hydrosoluble |
| B3 | Niacine | hydrosoluble |
| B5 | Acide pantothénique | hydrosoluble |
| B6 | Pyridoxine | hydrosoluble |
| B8 | Biotine | hydrosoluble |
| B9 | Folates | hydrosoluble |
| B12 | Cobalamines | hydrosoluble |
| C | Acide ascorbique | hydrosoluble |
| A | Rétinol et caroténoïdes provitaminiques | liposoluble |
| D | Cholécalciférol et ergocalciférol | liposoluble |
| E | Tocophérols | liposoluble |
| K | Phylloquinone (K1) et ménaquinones (K2) | liposoluble |
Ce que le répertoire dose, aliment par aliment
Sur les 732 aliments du répertoire, 618 portent un bloc de micronutriments. Mais la couverture n'est pas la même d'une vitamine à l'autre, et l'écart est énorme : la B6 est renseignée pour 545 aliments, la B9 pour 282, et la vitamine E pour 115 seulement.
Cette inégalité vient des tables de composition elles-mêmes, pas d'un choix éditorial. Doser une vitamine est un acte de laboratoire, il coûte cher, et les tables nationales le font en priorité pour les nutriments que la réglementation ou la surveillance nutritionnelle demandent.
À l'étage au-dessus, celui des recettes, une valeur n'est publiée que si la couverture atteint 0,9, c'est-à-dire si les ingrédients dont la teneur est connue pèsent au moins neuf dixièmes de la portion. Un seul ingrédient inconnu et lourd suffit à faire disparaître la colonne.
Le tableau ci-dessous donne le résultat de bout en bout : combien d'aliments portent la valeur, et combien de recettes sur 878 finissent par la publier.
| Vitamine | Aliments qui la portent (sur 732) | Recettes publiables (sur 878) |
|---|---|---|
| B6 | 545 | 655 |
| B5 | 534 | 712 |
| B1 | 535 | 467 |
| B12 | 528 | 546 |
| B3 | 512 | 318 |
| B2 | 507 | 326 |
| A | 489 | 622 |
| C | 464 | 345 |
| D | 442 | 219 |
| Bêta-carotène | 404 | 249 |
| K1 | 385 | 224 |
| B9 | 282 | 7 |
| E | 115 | 2 |
Le trou de la vitamine E, et pourquoi il est affiché
Deux recettes du catalogue publient une valeur de vitamine E. Deux, sur 878. Ce sont des poivrons confits à 4,32 mg par portion, avec une couverture de 0,94, et des spaghetti alla gricia à 0,43 mg, avec une couverture de 0,98.
La cause est mécanique et se lit dans la ligne précédente : 115 aliments sur 732 portent une teneur en vitamine E. Dès qu'une recette contient un ingrédient un peu lourd qui n'en porte pas, la couverture tombe sous 0,9 et la colonne disparaît. Avec un taux de renseignement de 16 pour cent, la probabilité qu'une recette entière franchisse le seuil est infime.
La décision prise ici est de ne rien faire. Ni compléter les trous par des estimations, ni abaisser le seuil pour cette colonne, ni cacher la colonne. Une valeur estimée ressemble à une valeur mesurée sur un écran, et rien sur la page ne dirait laquelle est laquelle.
Le même raisonnement vaut, à un degré moindre, pour la B9 avec 7 recettes publiables, l'iode avec 35 et le sélénium avec 23. Ces quatre colonnes sont presque toujours vides, et c'est la réponse honnête : le répertoire ne sait pas.
| Colonne | Recettes publiables | Cause |
|---|---|---|
| Vitamine E | 2 | 115 aliments sur 732 la portent |
| Vitamine B9 | 7 | 282 aliments sur 732 la portent |
| Sélénium | 23 | 272 aliments sur 732 le portent |
| Iode | 35 | 279 aliments sur 732 le portent |
Ce que le catalogue mesure, quand il mesure
Là où la couverture est bonne, la dispersion est large et vaut la peine d'être lue. Pour la vitamine C, 345 recettes sont publiables, avec une médiane à 22 mg par portion et un maximum à 363 mg pour des poivrons confits à 169 kcal. Le poivron domine les premières places : pimientos de padrón à 288 mg, poulet basquaise à 240 mg, salade mechouia à 219 mg.
Pour la vitamine A, 622 recettes sont publiables, médiane 121 µg, maximum 4 349 µg. Le bêta-carotène, qui en est le précurseur végétal, est plus dispersé encore : médiane 106 µg, neuvième décile 4 497 µg, maximum 34 262 µg pour un velouté de potiron, carottes et patates douces, qui porte aussi 19,1 g de lipides par portion.
Ce rapprochement est le seul que ce dossier fasse, et il est chimique : les caroténoïdes sont liposolubles, donc extraits et absorbés en présence de matière grasse. Sur les 38 recettes qui portent au moins 2 000 µg de bêta-carotène, 29 portent aussi au moins 10 g de lipides.
La vitamine D est le cas inverse : 219 recettes publiables, mais la médiane est à 0,07 µg et 102 d'entre elles portent exactement zéro. Peu d'aliments en contiennent, et le maximum du catalogue est un brochet au beurre blanc à 13,7 µg.
| Vitamine, par portion | Recettes publiables | Médiane | Maximum |
|---|---|---|---|
| C (mg) | 345 | 22 | 363 |
| A (µg) | 622 | 121 | 4 349 |
| Bêta-carotène (µg) | 249 | 106 | 34 262 |
| K1 (µg) | 224 | 17,7 | 730,5 |
| B12 (µg) | 546 | 0,22 | 76,89 |
| D (µg) | 219 | 0,07 | 13,7 |
Ce que la cuisson en fait, et ce qui n'est pas mesuré
L'Anses rappelle que la cuisson et le séchage peuvent détruire des vitamines des deux familles, sans publier de pourcentage par méthode de cuisson, parce qu'un tel pourcentage dépendrait de la température, de la durée, de la découpe, du pH et de la quantité d'eau.
Trois mécanismes distincts se superposent, et les confondre est l'erreur la plus fréquente. La dissolution fait passer une hydrosoluble dans l'eau de cuisson : rien n'est détruit, tout est ailleurs. La dégradation thermique casse la molécule, et la vitamine C y est particulièrement sensible. L'oxydation, elle, n'a pas besoin de chaleur : une surface coupée, de l'air et du temps suffisent.
La table de composition employée ici décrit l'ingrédient tel qu'il entre dans la recette, avec sa forme crue ou déjà cuite selon la ligne choisie. Elle ne modélise aucun de ces trois mécanismes à l'échelle du plat. Une soupe et un légume à l'eau jeté donneront donc, ici, la même colonne, alors que la première a gardé son bouillon.
C'est une limite réelle, et elle est écrite ici plutôt que corrigée par une hypothèse. Le dossier consacré à la cuisson y revient en détail.
Sources
Anses, « Que sont les vitamines ? » : la page qui définit les deux familles, hydrosoluble et liposoluble, et rappelle ce que la cuisson et le séchage peuvent en détruire
Anses, « Vitamine C » : la fiche de l'agence sur la vitamine la plus sensible à la chaleur et à l'oxygène, et sur ses sources alimentaires
Anses, « Vitamine D : pourquoi et comment assurer un apport suffisant ? » : la fiche sur la vitamine dont le catalogue mesure une médiane quasi nulle, et sur les raisons alimentaires de cette rareté
Anses, « Tout savoir sur la vitamine B9 » : la fiche sur les folates, la vitamine que ce répertoire ne sait publier que pour sept recettes faute de données de composition
Anses, « Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux » : le rapport d'expertise qui fixe, vitamine par vitamine et minéral par minéral, les références françaises actuelles
EFSA, DRV Finder, valeurs nutritionnelles de référence européennes : l'outil qui donne, nutriment par nutriment et classe d'âge par classe d'âge, les valeurs de référence adoptées au niveau européen
Table Ciqual 2025, Anses, composition nutritionnelle des aliments : la table dont sont tirées les compositions des ingrédients, et donc tous les chiffres par portion de ce dossier
Les recettes du dossier
Poivrons confits
Salade Mechouia (salade tunisienne de poivrons et de tomates grillés)
Taktouka (salade marocaine de poivrons grillés et de tomates)
Velouté de potiron, carottes et patates douces
Espinacas con garbanzos (épinards aux pois chiches à l'andalouse)
Brochet au beurre blanc
Spaghetti alla gricia (spaghetti au guanciale et au pecorino)
Pimientos de Padrón (piments doux poêlés à la fleur de sel)
Poulet basquaise
Les autres dossiers
Continuer
Le filtre nutritionnel · Les minéraux · La cuisson et les nutriments · L'oxydation enzymatique · Les molécules · Le filtre nutritionnel · Les calories · Les apports de référence · L'assimilation des nutriments · Les aliments
