La cuisine végétarienne : où se déplace le centre de gravité, et ce que 617 recettes mesurent

Nutrition
8 parties

Une recette végétarienne tient rarement par la substitution et souvent par le déplacement : ce qui remplace la viande n'est pas un objet unique mais un ensemble de rôles à redistribuer, la texture, la satiété, l'umami, le croquant. C'est une affaire de cuisine avant d'être une affaire de nutrition, et ce dossier commence par là. Il publie ensuite ce que l'Anses écrit de ces régimes, y compris ses repères quotidiens chiffrés, puis ce que les 617 recettes végétariennes du catalogue mesurent colonne par colonne, et ce qu'elles ne peuvent pas mesurer. Il dit enfin comment la liste est construite et où elle se trompe, ce qui est la partie la moins agréable et la plus utile. Aucun objectif n'est proposé ici et aucun pourcentage d'apport n'est affiché.

Ce que le mot couvre, selon l'Anses

L'agence emploie « végétarien » comme le terme large : il désigne l'exclusion de toute chair animale et englobe deux familles distinctes. Les lacto-ovo-végétariens conservent le lait, les produits laitiers et les œufs. Les végétaliens excluent tout produit d'origine animale, donc aussi le lait, les œufs et le miel.

Cette distinction n'est pas de vocabulaire. Sur presque toutes les colonnes que ce répertoire mesure, l'écart entre les deux familles est plus grand que l'écart entre les lacto-ovo-végétariens et le reste du catalogue. Le calcium en est l'exemple le plus net et il a son propre dossier.

L'expertise de 2021 de l'Anses évalue les effets de ces régimes sur la santé avec des niveaux de preuve explicites, ce qui est plus honnête et moins commode qu'une conclusion. Un niveau de preuve modéré est retenu pour une diminution du risque de diabète de type 2. Un niveau de preuve faible est retenu pour une diminution du risque de cardiopathies ischémiques, de troubles ovulatoires et de certains cancers, et, dans l'autre sens, pour une augmentation du risque de fractures osseuses. Ce dossier ne fait pas la moyenne de ces lignes : il les cite et laisse la page de l'agence dire le reste.

Ce que le mot couvre, selon l'Anses
TermeCe qui est excluCe qui est conservé
Lacto-ovo-végétarientoute chair animale : viande, charcuterie, poisson, fruits de merlait, produits laitiers, œufs
Végétalientout produit d'origine animalerien d'origine animale
« Végétarien » chez l'Ansestoute chair animaleterme large, qui englobe les deux familles ci-dessus

Ce que le répertoire compte

Sur les 935 recettes du catalogue, 617 sont marquées végétariennes, dont 244 également vegan : il reste donc 373 recettes végétariennes qui gardent un produit laitier ou un œuf. La répartition par type de recette est instructive, et elle n'est pas uniforme.

Les desserts sont la catégorie la plus fournie avec 170 recettes végétariennes, ce qui est attendu : un dessert n'a jamais eu besoin de viande. Viennent ensuite les plats avec 171 recettes, les entrées avec 77, les apéritifs avec 52, les boissons avec 43, les soupes avec 28, les mélanges d'épices avec 27, les sauces avec 21, les cocktails avec 16 et les sandwiches avec 12.

Le chiffre à retenir pour composer une semaine est celui des plats, et il se scinde : 171 plats végétariens, dont 67 vegan et 104 qui gardent laitier ou œuf. Une semaine de sept dîners sans répétition est donc largement dans les capacités du catalogue côté lacto-ovo, et plus tendue côté vegan, ce que le dossier sur la cuisine vegan chiffre précisément.

Ce que le répertoire compte
TypeVégétariennesDont veganAvec laitier ou œuf
Plats17167104
Desserts17018152
Entrées774235
Apéritifs521933
Boissons433112
Soupes281216
Mélanges d'épices27270
Sauces21138
Cocktails16133
Sandwiches12210
Tous types617244373

Le déplacement du centre de gravité, mesuré

Ce que les colonnes disent du passage d'un plat carné à un plat végétarien est net et sans surprise, ce qui est plutôt rassurant pour la méthode. Sur les 378 plats du catalogue, la médiane de protéines par portion est de 38,9 g pour les plats non végétariens, 19,9 g pour les plats végétariens avec laitier ou œuf, et 16,9 g pour les plats vegan. La médiane d'énergie descend de 607,5 kcal à 532 kcal puis 462 kcal sur les mêmes trois ensembles.

Dans l'autre sens, la médiane de fibres monte : 4,8 g par portion pour les plats non végétariens, 8 g pour les plats vegan. C'est le seul renversement franc de tout le tableau.

Du côté des ingrédients, le déplacement se lit sur les familles éditoriales. Sur les 171 plats végétariens, 91 portent au moins un produit laitier et 48 au moins une légumineuse. Autrement dit, dans ce catalogue, la cuisine végétarienne s'appuie deux fois plus souvent sur le fromage que sur le pois chiche, ce qui est une observation sur le catalogue et non une recommandation sur les assiettes.

Le déplacement du centre de gravité, mesuré
Plats du catalogueProtéines, médianeÉnergie, médianeFibres, médiane
Non végétariens (207)38,9 g607,5 kcal4,8 g
Végétariens avec laitier ou œuf (104)19,9 g532 kcalnon publié ici
Vegan (67)16,9 g462 kcal8 g

Céréale et légumineuse : ce que le répertoire ne mesure pas

La complémentarité entre une céréale et une légumineuse est le point de nutrition le plus souvent cité à propos de cette cuisine, et c'est celui que ce répertoire est le moins capable de mesurer. Il faut le dire avant d'en parler.

La qualité d'une protéine alimentaire se lit sur deux choses : sa digestibilité, et son profil en acides aminés indispensables, c'est-à-dire ceux que l'organisme ne sait pas fabriquer. L'Anses consacre aux protéines une fiche qui pose ces deux notions. Les tables de composition montrent que les légumineuses sont bien pourvues en lysine et plus pauvres en acides aminés soufrés, et que les céréales présentent le profil inverse, ce qui est l'origine du couple riz et haricot, semoule et pois chiche, pain et lentille, présent dans presque toutes les cuisines paysannes du monde.

Or ce répertoire publie les protéines totales par portion et rien d'autre : il n'a pas de colonne pour les acides aminés, donc il ne peut ni vérifier ni chiffrer cette complémentarité. Il peut seulement dire quelles recettes associent effectivement une céréale et une légumineuse, ce qui est une observation d'ingrédients et non une mesure de qualité protéique. Toute page qui prétend calculer un indice de complémentarité à partir de nos données calcule quelque chose que nos données ne contiennent pas.

Céréale et légumineuse : ce que le répertoire ne mesure pas
Ce dont il est questionCe que le répertoire peut en dire
Protéines totales par portionmesurées et publiées pour la quasi-totalité des recettes
Profil en acides aminés indispensablesaucune colonne, donc rien
Digestibilité des protéinesaucune colonne, donc rien
Présence conjointe d'une céréale et d'une légumineuselisible dans les ingrédients déclarés

Les quatre nutriments que l'Anses signale, colonne par colonne

L'expertise de 2021 est explicite sur le point faible : « les végétariens ont un statut nutritionnel en fer, iode, vitamines B12 et D moins favorable », et l'agence ajoute la vitamine B2 pour les végétaliens. Le travail d'optimisation mené dans la même expertise a en outre montré une difficulté à couvrir les acides gras EPA et DHA et la vitamine D pour l'ensemble des végétariens, ainsi que la B12 et le zinc chez les hommes végétaliens.

Ce répertoire peut répondre sur deux de ces quatre colonnes et pas sur les deux autres, et c'est le genre d'aveu qui vaut mieux qu'un silence. Le fer est publiable pour 546 recettes et son dossier existe. La B12 est publiable pour 560 recettes, et le résultat mesuré chez les recettes vegan est le fait le plus fort de tout ce travail : il est dans le dossier de la cuisine vegan.

L'iode, en revanche, n'est publiable que pour 36 recettes sur 935, et le sélénium pour 22. La vitamine D est publiable pour 231 recettes, avec une médiane de 0,08 µg par portion, ce qui est trop peu couvert pour raisonner dessus. Ces colonnes restent vides sur les fiches parce que la teneur de trop d'ingrédients est inconnue, et non parce que les aliments n'en portent pas.

Les quatre nutriments que l'Anses signale, colonne par colonne
Nutriment signalé par l'AnsesRecettes qui le publient (sur 935)Ce que ce répertoire peut en dire
Fer546un dossier entier, médianes par régime, recettes nommées
Vitamine B12560la mesure par régime, dont 147 zéros chez les recettes vegan
Iode36rien : couverture trop faible pour publier quoi que ce soit
Vitamine D231presque rien : médiane de 0,08 µg par portion
Zinc550les médianes par régime, dans le dossier de la cuisine vegan
Sélénium22rien

Les repères quotidiens que l'Anses publie pour ces régimes

L'expertise de 2021 ne se contente pas d'un constat : elle publie des repères alimentaires quotidiens, en grammes, séparés pour les lacto-ovo-végétariens et pour les végétaliens. C'est à notre connaissance le seul jeu de repères chiffrés publié par l'agence française spécifiquement pour ces régimes, et il mérite d'être reproduit plutôt que résumé.

Deux lignes valent d'être lues deux fois. Les légumes secs passent de 75 g par jour chez les lacto-ovo-végétariens à 120 g chez les végétaliens, et les féculents et pains de 170 g à 250 g, avec dans les deux cas au moins 120 g de produits complets. La levure de bière, qui n'apparaît dans presque aucun repère public, figure ici à 10 g et 15 g.

Ces chiffres sont des repères de population, établis par un travail d'optimisation sous contraintes, et non un menu. Ils sont cités ici parce qu'ils sont publiés, datés et signés, ce qui est exactement le critère de ce site pour qu'un chiffre apparaisse. Le composeur de semaine végétarienne ne les utilise pas comme objectif : il compose sur des règles de variété et publie ce que la semaine mesure.

Les repères quotidiens que l'Anses publie pour ces régimes
Repère quotidien (Anses, 2021)Lacto-ovo-végétariensVégétaliens
Fruits et légumes700 g700 g
Légumes secs75 g120 g
Féculents et pains170 g, dont au moins 120 g complets250 g, dont au moins 120 g complets
Oléagineux65 g50 g
Analogues de produits laitiers frais350 g270 g
Levure de bière10 g15 g
Lait450 mlaucun
Œufs30 gaucun
Fromage50 gaucun

Les deux angles morts de la liste : la présure et les bouillons

La liste des recettes végétariennes de ce site est établie à partir des ingrédients déclarés de chaque recette, en écartant les noms de viandes et de poissons. Cette méthode est explicable en une phrase, ce qui est sa qualité, et elle laisse passer deux choses, ce qui est son défaut.

La présure animale d'abord. Beaucoup de fromages à pâte pressée sont coagulés avec une présure d'origine animale, et l'appellation d'origine l'impose même parfois. Le nom du fromage ne le dit pas, donc notre filtre ne peut pas le voir. Mesuré aujourd'hui : 117 recettes du catalogue nomment un parmesan, un pecorino, un grana padano, un comté, un beaufort, un gruyère, un emmental, un roquefort ou un gorgonzola, et 64 d'entre elles sont marquées végétariennes. Un végétarien strict lit l'étiquette du fromage, ou choisit une version à coagulant microbien ; le site ne peut pas le faire à sa place.

Les bouillons et sauces industriels ensuite : un fond de veau, une sauce Worcestershire ou une pâte d'anchois dans une sauce apparemment végétale. Sur ce point précis, la mesure est plus rassurante : aucune des 617 recettes végétariennes du catalogue ne déclare de fond de veau, de bouillon de bœuf, d'anchois, de sauce poisson ni de sauce Worcestershire. Ces ingrédients existent bien dans le répertoire, et ils n'apparaissent que dans des recettes qui ne sont pas marquées végétariennes. L'angle mort reste réel pour les produits du commerce que le lecteur ajoute lui-même.

Ce défaut est écrit ici plutôt que corrigé en silence, parce qu'un filtre dont on connaît les limites est plus utile qu'un filtre qu'on croit exact.

Les deux angles morts de la liste : la présure et les bouillons
Angle mortCe que le filtre voitMesure au 16 septembre 2026
Présure animale des fromagesle nom du fromage, jamais son coagulant117 recettes citent un de ces fromages, dont 64 marquées végétariennes
Fonds, bouillons et sauces d'origine animalel'ingrédient s'il est déclaré sous son nom0 recette végétarienne en déclare
Produits du commerce ajoutés par le lecteurrien, ils ne sont pas déclarésnon mesurable

Une semaine lacto-ovo, et ce que cette page ne dit pas

Les sept dîners ci-dessous existent tous dans le catalogue, aucun ne se répète, trois portent une légumineuse, un porte une céréale complète (le sarrasin des pizzoccheri), et chacun affiche ce que sa portion mesure, séparément. Rien n'est additionné ici : la somme d'une journée appartient au planificateur, qui la fait avec les portions réellement servies, et le composeur de semaine végétarienne produit ce genre de semaine automatiquement, avec les contraintes de saison, d'allergies et d'ingrédients exclus du lecteur.

Ce que cette page ne fait pas : elle ne dit pas ce qu'il faut manger, ne qualifie aucune semaine d'équilibrée, et n'affiche aucun pourcentage d'apport de référence. Elle rassemble ce que des agences publient, ce que le catalogue mesure, et les limites des deux. Pour une question individuelle, les pages de l'Anses et de la HAS liées en fin de dossier mènent aux bons interlocuteurs, et la page à destination des praticiens dit ce que ce site peut servir dans un cadre professionnel.

Une semaine lacto-ovo, et ce que cette page ne dit pas
JourDînerCe que la portion mesure
LundiGigantes plaki (haricots blancs au four à la grecque)14,41 mg de fer, 436 mg de calcium
MardiPizzoccheri della Valtellina (pâtes de sarrasin au chou et au fromage)4,46 mg de fer, 712 mg de calcium
MercrediCurry de pois chiches et épinards11,31 mg de fer, 179 mg de calcium
JeudiLasagnes aux épinards845 mg de calcium
VendrediGalette complète végétarienne4,31 mg de fer, 652 mg de calcium
SamediPalak paneer810 mg de calcium
DimancheDahl de lentilles corail au lait de coco11,55 mg de fer, 111 mg de calcium

Sources

Anses, « Régimes végétariens : effets sur la santé et repères alimentaires » : l'expertise de 2021 qui définit les régimes, fait le point sur les niveaux de preuve associés et publie des repères alimentaires quotidiens distincts pour les lacto-ovo-végétariens et les végétaliens

Anses, « Les protéines » : la fiche de l'agence sur les protéines, leur digestibilité et la lecture du profil en acides aminés indispensables, qui est la notion derrière la complémentarité céréale et légumineuse

Anses, « Menu végétarien hebdomadaire à l'école : une première saisine de l'Anses en appui » : le travail de l'agence en appui de l'expérimentation du repas végétarien hebdomadaire en restauration scolaire, c'est-à-dire le cas français où la question a été posée à grande échelle

Anses, « Menu végétarien hebdomadaire à l'école : l'Anses en appui à l'expérimentation » : la suite du même dossier, utile pour voir quelles contraintes de composition l'agence retient quand un menu doit être servi à une population entière

Anses, « Le fer » : la fiche de l'agence sur les deux formes alimentaires du fer, sur la part du fer héminique dans la chair animale et sur ce qui modifie son absorption

Anses, « Le calcium : pourquoi et comment en consommer ? » : la fiche de l'agence sur le rôle du calcium, sur ses sources alimentaires laitières et non laitières, et sur l'influence du statut en vitamine D sur son absorption

Anses, « Iode : pourquoi et comment en consommer ? » : la fiche sur l'un des quatre nutriments dont l'agence signale un statut moins favorable chez les végétariens, et dont ce répertoire ne peut justement presque rien publier

Anses, « Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux » : le rapport d'expertise qui fixe les références françaises actuelles, minéral par minéral et classe d'âge par classe d'âge, y compris la distinction entre pertes menstruelles modérées et élevées

Santé publique France, recommandations alimentaires pour les adultes : les repères publics français, dont ceux qui concernent les légumes secs et les produits céréaliers complets, et le cadre dans lequel ils ont été établis

Table Ciqual 2025, Anses, composition nutritionnelle des aliments : la table dont sont tirées les compositions des ingrédients, et donc tous les chiffres par portion et par 100 g de ce dossier

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Ces liens ouvrent la liste des recettes avec un seuil déjà posé. Le seuil n'est pas choisi : c'est le neuvième décile de la colonne, la valeur qu'une recette sur dix dépasse parmi celles qui la publient. Il est mesuré sur le catalogue au moment où cette page est construite, et il bougera quand le catalogue bougera.

Aucune référence nutritionnelle n'entre dans ce calcul. Un décile dit où une portion se situe dans ce répertoire ; il ne dit rien de ce qu'elle apporte à quelqu'un, et c'est pourquoi ces liens ne sont écrits ni « source de » ni « riche en », deux mentions que le règlement européen réserve à des conditions que ce site ne vérifie pas.

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