
Bubble and squeak (galette anglaise de pommes de terre et de chou)

Le lendemain du rôti anglais : les pommes de terre et le chou de la veille écrasés ensemble et poêlés jusqu'à la croûte. Le nom vient du bruit que cela fait dans la poêle.
Le bubble and squeak apparaît dans les livres anglais du dix-huitième siècle, où il désigne d'abord du bœuf bouilli et du chou sautés ensemble. Au dix-neuvième il est devenu ce qu'il est resté : le plat du lundi, fait des restes du rôti du dimanche. Le nom est une onomatopée, celle du mélange qui bouillonne puis siffle au contact de la poêle chaude, et c'est à peu près le seul plat dont le nom décrit un son. Il y a une raison technique pour laquelle il se fait avec les pommes de terre de la veille et rate avec des pommes de terre fraîches. Une pomme de terre refroidie n'est plus le même aliment : son amidon a rétrogradé, c'est-à-dire que les chaînes d'amylose solubilisées à la cuisson se sont réorganisées en un réseau cristallin. Ce réseau tient le morceau ensemble et ne se défait pas quand on l'écrase, là où une pomme de terre chaude libère son amidon et tourne en colle. C'est la même rétrogradation qui fait le rösti et les pommes de terre sautées réussies. La croûte est une croûte de Maillard et elle demande trois choses : une surface sèche, une graisse chaude et de la patience. Le chou doit donc être pressé fort après blanchiment, la graisse des lardons est préférable au beurre seul parce qu'elle monte plus haut sans brûler, et surtout la galette ne se touche pas pendant les sept premières minutes. Chaque retournement prématuré casse la croûte en train de se former, et la galette perd ce qui la tient. Tout légume cuit et ferme peut y entrer, choux de Bruxelles, carottes, panais, rutabaga, à hauteur d'un tiers du poids des pommes de terre. Une seule chose n'y entre pas : ce qui était en sauce. L'eau qu'elle apporte empêche la croûte et la galette reste blanche et molle quoi qu'on fasse.
Difficulté: 1/5
Recette originale prévue pour 4 personnes · 1 346 g préparés, 337 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.
Étape 3 — Le mélange se prépare la veille et attend au frais. Il s'agglomère même mieux après une nuit.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
Effeuiller le chou, ôter les grosses côtes et blanchir les feuilles cinq minutes à l'eau bouillante salée. Les égoutter, les presser fort entre les mains pour en chasser l'eau, puis les hacher grossièrement.
C’est prêt quand : Le chou pressé entre les mains ne rend plus une goutte et forme une boule compacte.
Faire rissoler les lardons à sec dans une grande poêle, puis ajouter l'oignon émincé et le laisser blondir dans la graisse rendue.
Écraser les pommes de terre froides à la fourchette, grossièrement, en laissant des morceaux. Mélanger avec le chou, les lardons et l'oignon, poivrer et râper la muscade.
C’est prêt quand : Le mélange tient en masse quand on le presse dans la main, avec des morceaux de pomme de terre encore identifiables.
Faire mousser le beurre dans la même poêle, y verser le mélange et le tasser en galette de deux centimètres avec le dos d'une spatule.
Cuire sept minutes à feu moyen sans y toucher, jusqu'à ce que le dessous soit brun et se détache seul quand on secoue la poêle.
C’est prêt quand : La galette glisse d'un bloc quand on secoue la poêle, et le bord visible est brun foncé.
Retourner la galette d'un coup à l'aide d'une assiette, la faire glisser dans la poêle et cuire sept minutes de l'autre côté.
0 / 6 étapes terminées
Pourquoi : Elle n'était pas assez prise dessous, ou le mélange était trop humide (Réaction de Maillard)
Rattrapage : La remettre en morceaux dans la poêle et la servir en hachis poêlé, ce qui est tout aussi anglais. Attendre qu'elle se détache seule avant de retourner.
Pourquoi : Le chou n'a pas été assez pressé, ou on a remué pendant la cuisson (Séchage et croustillant)
Rattrapage : Monter le feu et prolonger de trois ou quatre minutes sans y toucher, pour achever d'évaporer.
Pourquoi : Les pommes de terre étaient chaudes, ou écrasées au robot (Rétrogradation de l'amidon)
Rattrapage : Ajouter une cuillerée de farine ou de chapelure pour l'absorber. La prochaine fois, pommes de terre froides et fourchette.
Vous avez innové dans la manière de foirer cette recette ? Racontez-nous : on cherche avec vous ce qui s’est passé, et si on trouve, ça rejoint cette rubrique pour les suivants.
Comment : boîte hermétique
Réchauffage : À la poêle, une troisième cuisson qui ne lui fait aucun mal et la rend même meilleure.
Le micro-ondes lui retire exactement ce qu'elle a de bon, la croûte. Elle ne se congèle pas, la pomme de terre y devient farineuse.
Supprimer les lardons, doubler le beurre et ajouter une cuillerée de moutarde à l'ancienne dans le mélange pour remplacer leur salinité.
La version de Noël, faite avec les choux de Bruxelles de la veille coupés en deux. Ils caramélisent mieux que le chou vert.
Un œuf au plat au jaune coulant posé dessus, et un trait de sauce brune
Un thé fort au lait, puisque c'est un plat de petit-déjeuner tardif

Les pommes de terre doivent être froides, cuites la veille : leur amidon rétrogradé tient en morceaux à l'écrasement au lieu de se déliter en purée collante, et c'est ce qui permet à la galette de garder du grain.
En refroidissant, l'amidon recristallise : pain qui rassit, riz qui durcit au réfrigérateur.

Presser le chou blanchi entre les mains retire l'eau qui, sinon, s'évaporerait dans la poêle et empêcherait la croûte de se former : tant qu'il reste de l'eau libre, la surface ne dépasse pas 100 °C.
Le croustillant naît du départ de l'eau en surface ; couvrir ou entasser fait ramollir.

Les sept minutes sans y toucher sont la recette. Chaque fois qu'on remue, on interrompt le contact entre la fécule et le métal chaud, et c'est ce contact ininterrompu qui fait la croûte brune.
Brunissement et arômes des aliments riches en protéines et sucres saisis à haute température (> 140 °C) : croûte du pain, viande saisie, oignons dorés.

La graisse rendue par les lardons et le beurre moussant ne servent pas seulement à ne pas coller : ils remplissent les creux de la surface irrégulière de la galette et portent la chaleur partout, là où une poêle sèche ne toucherait que les sommets.
Le gras enrobe, attendrit, isole le gluten (pâtes sablées) et transporte les arômes.

Cinq minutes de blanchiment et pas davantage : au-delà le chou vire au vert olive et prend l'odeur soufrée, et il lui reste encore deux cuissons à la poêle à subir.
La chlorophylle des légumes verts vire au vert olive dès que la cuisson se prolonge ou que le milieu s'acidifie : le magnésium quitte la molécule. D'où la règle des cuissons courtes, à découvert et en grand volume d'eau bouillante, pour garder un vert franc.

Grand volume d'eau bouillante salée, cinq minutes, pour attendrir les feuilles et fixer leur couleur. Les côtes sont ôtées avant, elles demanderaient le double.

Les lardons démarrent à sec dans la poêle froide : ils rendent leur graisse progressivement au lieu de saisir et de rester secs, et cette graisse sert ensuite à l'oignon.

À la fourchette et grossièrement. Un presse-purée ou un robot donnerait une purée lisse, qui fait une galette élastique et non une galette croustillante.

Feu moyen et pas vif : il faut sept minutes pour que la chaleur gagne le cœur de deux centimètres de galette pendant que le dessous brunit.