Températures de cuisson à cœur
Une température à cœur est la température au centre de l’aliment, jamais celle du four. Cette page publie les 128 paliers nommés que le site mesure sur 48 viandes, poissons et œufs, dont 32 seuils sanitaires, et explique ce que chacun de ces chiffres dit et ne dit pas.
Ce qu’une température à cœur mesure
Un four à 180 °C et un rôti à 55 °C sont deux mesures qui coexistent pendant une heure. Ce que le thermomètre lit au centre n’est pas un réglage, c’est un état des protéines : chacune se déplie et se lie à une température qui lui est propre, et ce sont ces liaisons qui font passer une chair de translucide à opaque, puis de moelleuse à sèche.
La conséquence pratique est la seule raison d’avoir une sonde : une température se transporte, une durée ne se transporte pas. Le même palier donne la même texture au four, à la poêle, au barbecue ou sous vide, alors qu’une durée dépend de l’épaisseur de la pièce, de sa température de départ, de sa forme et de l’écart entre le thermostat et le four réel. « Vingt minutes par livre » est une estimation de la durée nécessaire pour atteindre un palier ; le palier, lui, est la chose mesurable.
Les paliers publiés ici vont de 40 à 96 °C, et les deux extrêmes ne sont pas des cuissons : le plus froid est un point de texture sur une chair servie crue, le plus chaud une couenne qui croustille. Entre les deux, sur certaines pièces, deux degrés séparent deux textures que tout le monde distingue à l’assiette. C’est l’écart qu’un chronomètre ne sait pas viser.
Deux sortes de chiffres sur la même ligne
Sur une même ligne de la table cohabitent deux choses qui n’ont pas le même statut. Un palier de cuisson est une préférence : quelqu’un peut aimer son agneau rosé et quelqu’un d’autre le préférer confit, et ni l’un ni l’autre n’a tort. Un seuil sanitaire n’est pas une préférence, et c’est pourquoi il est marqué en rouge et d’un partout où il apparaît, sur cette page comme sur le mémo imprimé : la couleur seule ne porte jamais l’information, une imprimante noir et blanc dit la même chose que l’écran.
32 des 128 paliers sont des seuils sanitaires, portés par 32 des 48 aliments. Groupés par valeur plutôt que par animal, ils tiennent en 5 nombres, et un seul de ces nombres en couvre 18 :
| Seuil | Aliments | Nombre |
|---|---|---|
| 63 °C | Rôti de porc, Épaule de porc, Poitrine de porc, Travers de Porc, Cabillaud, Filet de poisson blanc, Merlu, Lotte, Sandre, Dorade, Sole, Thon frais, Maquereau, Sardines, Crevettes, Noix de Saint Jacques, Homard, Moules | 18 |
| 70 °C | Foie de volaille, Oeuf, Oeuf poché, Blanc d'oeuf, Jaune d'oeuf | 5 |
| 71 °C | Viande de bœuf hachée, Viande de porc hachée, Sanglier | 3 |
| 72 °C | Sang de porc | 1 |
| 74 °C | Blanc de poulet, Filet de poulet, Cuisse de poulet, Poulet fermier, Escalope de dinde | 5 |
Un seuil sanitaire est une valeur instantanée : la température qui fait le travail dès qu’elle est atteinte. Le même résultat s’obtient à une température plus basse maintenue plus longtemps, ce qu’une cuisson basse température fait sans qu’on le lui demande, et c’est la raison pour laquelle une volaille pochée des heures durant sous le seuil affiché n’est pas une volaille crue. Les équivalences temps-température ne sont pas sur cette page : elles dépendent du produit et sont publiées par les agences sanitaires, pas par nous.
La table
48 aliments, 8 sections, dans l’ordre d’un étal plutôt que dans celui de l’alphabet : les volailles, les viandes rouges par animal, les abats, la mer, les œufs. Chaque nom mène à sa fiche, où chaque palier porte la note qui dit ce que la chair fait à cette température, et où se trouvent la durée, la pièce et le geste que cette table n’a pas la place de porter.
Volailles (7)
| Aliment | Paliers de cuisson | Seuil sanitaire |
|---|---|---|
| Blanc de poulet | Juste cuit 68 °C · Trop tard 80 °C | 74 °C |
| Filet de poulet | Juste cuit 68 °C | 74 °C |
| Cuisse de poulet | Fondante 82 °C | 74 °C |
| Poulet fermier | Blanc juste cuit 70 °C · Cuisse fondante 82 °C | 74 °C |
| Escalope de dinde | Juste cuit 68 °C | 74 °C |
| Magret de canard | Saignant 52 °C · Rosé 56 °C · À point 63 °C | |
| Canard entier | Blanc juste cuit 68 °C · Cuisse fondante 82 °C |
Bœuf et veau (7)
| Aliment | Paliers de cuisson | Seuil sanitaire |
|---|---|---|
| Côte de bœuf | Bleu 48 °C · Saignant 52 °C · À point 57 °C · Bien cuit 68 °C | |
| Entrecôte | Saignant 52 °C · À point 57 °C · Bien cuit 68 °C | |
| Bavette de bœuf | Saignant 52 °C · À point 57 °C · Bien cuit 68 °C | |
| Viande de bœuf hachée | Steak saignant 52 °C | 71 °C |
| Bœuf à mijoter | Cuit mais dur 70 °C · Fondant 88 °C | |
| Veau | Rosé 58 °C · À point 63 °C | |
| Jarret de veau | Cuit mais ferme 72 °C · Osso buco 88 °C |
Porc (5)
| Aliment | Paliers de cuisson | Seuil sanitaire |
|---|---|---|
| Rôti de porc | Rosé 63 °C · Sec 72 °C | 63 °C |
| Épaule de porc | Effilochable 92 °C | 63 °C |
| Poitrine de porc | Fondante 88 °C | 63 °C |
| Travers de Porc | Tendre 90 °C · Défait 96 °C | 63 °C |
| Viande de porc hachée | Grains croustillants 95 °C | 71 °C |
Agneau, chèvre et gibier (4)
| Aliment | Paliers de cuisson | Seuil sanitaire |
|---|---|---|
| Agneau | Rosé 56 °C · À point 62 °C · Épaule confite 88 °C | |
| Viande de cabri (chèvre) | Gigot rosé 58 °C · Épaule braisée 88 °C | |
| Lapin | Râble juste cuit 63 °C · Cuisses fondantes 80 °C | |
| Sanglier | Civet 88 °C | 71 °C |
Abats et sous-produits (4)
| Aliment | Paliers de cuisson | Seuil sanitaire |
|---|---|---|
| Foie de volaille | Rosé 63 °C · Granuleux 75 °C | 70 °C |
| Foie gras | Mi-cuit 55 °C · Cuit 63 °C · Fondu 70 °C | |
| Os à moelle | Moelle fondante 65 °C · Trop tard 80 °C | |
| Sang de porc | 72 °C |
Poissons (10)
| Aliment | Paliers de cuisson | Seuil sanitaire |
|---|---|---|
| Cabillaud | Nacré 50 °C · Cuit 55 °C · Sec 65 °C | 63 °C |
| Filet de poisson blanc | Nacré 50 °C · Cuit 55 °C | 63 °C |
| Merlu | Nacré 50 °C · Cuit 55 °C | 63 °C |
| Lotte | Juste cuite 58 °C · Caoutchouteuse 70 °C | 63 °C |
| Sandre | Nacré 52 °C · Cuit 58 °C | 63 °C |
| Dorade | Nacré 52 °C · Cuit 58 °C | 63 °C |
| Sole | Cuite 55 °C | 63 °C |
| Thon frais | Cru au centre 40 °C · Rosé 48 °C · Bien cuit 65 °C | 63 °C |
| Maquereau | Cuit 58 °C | 63 °C |
| Sardines | Cuites 60 °C | 63 °C |
Coquillages, crustacés et céphalopodes (6)
| Aliment | Paliers de cuisson | Seuil sanitaire |
|---|---|---|
| Crevettes | Juste prises 55 °C · Caoutchouteuse 70 °C | 63 °C |
| Noix de Saint Jacques | Nacrée 48 °C · Cuite 55 °C | 63 °C |
| Homard | Queue nacrée 55 °C · Ferme 70 °C | 63 °C |
| Moules | Rétractées 75 °C | 63 °C |
| Calamars | Saisi 60 °C · Caoutchouc 65 °C · Mijoté tendre 85 °C | |
| Poulpe | Tendre 85 °C · Défait 95 °C |
Œufs (5)
| Aliment | Paliers de cuisson | Seuil sanitaire |
|---|---|---|
| Oeuf | Le blanc prend 62 °C · Œuf parfait 64 °C · Le jaune prend 68 °C · Dur 80 °C | 70 °C |
| Oeuf dur | Mollet 68 °C · Dur 78 °C · Cerne vert 85 °C | |
| Oeuf poché | Poché 65 °C | 70 °C |
| Blanc d'oeuf | Début de prise 62 °C · Pris 65 °C · Caoutchouteux 80 °C | 70 °C |
| Jaune d'oeuf | Nappant 65 °C · Pris 70 °C · Grainé 85 °C | 70 °C |
Où la sonde doit être plantée
Les chiffres ci-dessus ne veulent rien dire sans l’endroit où ils sont lus. Le centre d’une pièce est son point le plus froid, et une sonde qui n’y est pas mesure autre chose :
- Dans la partie la plus épaisse, à mi-épaisseur. Sur une pièce irrégulière, un gigot ou un poulet entier, la partie la plus épaisse et le centre géométrique ne sont pas au même endroit.
- Jamais contre un os, qui monte en température autrement que la chair et fait lire un palier que le muscle n’a pas atteint. Ni dans une poche de gras, pour la même raison en sens inverse.
- Par le côté quand la pièce est mince, une escalope ou un filet de poisson : plantée du dessus, la pointe traverse les deux centimètres de chair et lit la plaque.
- En traversant, pour trouver le minimum. En poussant la sonde lentement de part en part, la valeur descend puis remonte : le plus bas est le centre. C’est la seule lecture qui ne dépende pas d’avoir visé juste.
- Sur une volaille entière, deux fois : la cuisse à l’articulation et le haut du blanc ne sont jamais au même palier, et le nombre qui décide est le plus bas des deux.
Une sonde à lecture instantanée mesure la pièce quand on le décide ; une sonde à câble laissée dans la pièce mesure la montée et dispense d’ouvrir le four. Les deux lisent la même chose, et aucune des deux n’est étalonnée à l’usine pour toujours : plongée dans un verre d’eau glacée bien remuée, une sonde juste affiche 0 °C.
La chaleur monte encore après le feu
Le centre est le dernier endroit à chauffer, et il continue de chauffer après la sortie du four. La chaleur accumulée en surface n’a plus qu’une direction où aller : l’écart de température entre le bord et le cœur continue de s’équilibrer vers l’intérieur pendant plusieurs minutes. Le palier lu au moment de sortir la pièce n’est donc pas le palier final.
Combien de degrés, cela dépend de deux choses seulement : la masse de la pièce et la violence de la cuisson. Un gros rôti saisi à four très chaud grimpe encore sensiblement ; un filet de poisson pochée à frémissement, presque pas ; une pièce cuite basse température, où le bord et le cœur sont déjà presque à la même température, à peine. C’est aussi pourquoi la basse température est le seul mode où le palier visé est le palier atteint. Chaque fiche du site donne le chiffre de sa pièce ; le mémo imprimé rappelle l’ordre de grandeur pour une grosse pièce.
Le repos fait un second travail, indépendant du premier : les fibres contractées par la chaleur se détendent et reprennent une partie du jus qu’elles avaient chassé vers le centre. Une pièce tranchée aussitôt sortie perd ce jus sur la planche.
Le collagène, la moitié que le thermomètre ne dit pas
Sur un muscle tendre, la température à cœur répond à elle seule à la question « est-ce cuit ». Sur un muscle de travail, elle ne répond qu’à la moitié : le collagène du conjonctif ne fond pas à une température, il se gélifie au-dessus d’une température, et c’est le temps passé au-dessus qui fait le travail. Un jarret à son seuil sanitaire est sûr et incompréhensiblement dur ; deux heures plus tard, au même palier, il se défait à la cuillère.
C’est la raison pour laquelle la table n’a pas de colonne « durée » : la durée n’est pas une propriété de l’aliment mais de la pièce que l’on a. Elle est sur les fiches, avec le morceau et le mode de cuisson. 30 des 48 entrées portent un paragraphe sur leur conjonctif ; trois qui ne disent pas la même chose :
Cabillaud
Le collagène du poisson fond dès 45 °C, contre 70 pour celui d'un bœuf : c'est pourquoi un poisson est cuit en quelques minutes et pourquoi il se défait si vite. La cuisson du poisson n'est pas une question de tendreté à conquérir mais d'eau à ne pas perdre.
Jarret de veau
Le jarret est la démonstration du principe : un muscle de locomotion, gainé de conjonctif, autour d'un os à moelle. Deux à trois heures à frémissement lui font traverser la zone où le collagène se gélifie, et cette gélatine est ce qui donne à la sauce d'un osso buco sa tenue collante sans le moindre ajout de fécule.
Oeuf
L'œuf n'a pas de collagène : il n'a que des protéines qui se déplient et se lient les unes aux autres, chacune à sa température. C'est ce qui en fait l'ingrédient le plus lisible de la cuisine, celui où un thermomètre remplace vraiment le chronomètre : entre 62 et 80 °C, chaque degré donne une texture différente et prévisible.
Là où le catalogue s’en sert
Ces aliments ne sont pas une curiosité de référentiel : ce sont ceux que les recettes du site demandent le plus souvent. Classés par le nombre de recettes du catalogue qui les emploient, ce qui est une mesure et non un choix éditorial.
| Aliment | Recettes du catalogue | Paliers publiés |
|---|---|---|
| Oeuf | 213 | 5 |
| Jaune d'oeuf | 29 | 4 |
| Poitrine de porc | 22 | 2 |
| Blanc de poulet | 16 | 3 |
| Épaule de porc | 16 | 2 |
| Bœuf à mijoter | 15 | 2 |
| Crevettes | 15 | 3 |
| Cuisse de poulet | 14 | 2 |
| Blanc d'oeuf | 13 | 4 |
| Viande de bœuf hachée | 12 | 2 |
Le catalogue complet des fiches est sur /aliments, et chaque fiche porte, en plus de ses paliers, ses variétés, sa saison et ses substituts.
Ce que la cuisson ne rattrape pas
Un thermomètre mesure une chose et une seule, et les 48 entrées de la table portent chacune un paragraphe sur ce qu’il ne voit pas : ce qui a voyagé avant la cuisson, ce qui s’est formé avant l’achat, et les consignes qui ont survécu à leur raison d’être. Trois d’entre elles, mot pour mot :
Blanc de poulet
Ne rincez jamais un poulet cru sous le robinet : l'eau projette des gouttelettes contaminées jusqu'à un mètre autour de l'évier, sur les plans de travail et sur les torchons. La cuisson tue les salmonelles présentes sur la viande, elle ne fait rien contre celles qui sont parties sur l'éponge.
Rôti de porc
La consigne « le porc, toujours bien cuit » date de la trichinellose et n'a plus de fondement pour une viande d'élevage contrôlé. Ce qui reste vrai vaut pour toutes les viandes : sonder au cœur, laisser reposer, et ne pas reposer la viande cuite sur l'assiette qui a porté la viande crue.
Thon frais
Le thon est aussi le poisson le plus concerné par l'histamine : mal réfrigéré après la capture, il en développe une quantité que ni la cuisson ni la congélation ne détruisent. Un thon qui pique en bouche ou sent l'ammoniaque se jette, quelle que soit sa cuisson.
D’où viennent les chiffres
Les chiffres ne sont pas écrits sur cette page. Ils vivent dans la couche éditoriale des fiches aliments, un bloc cuisson par aliment, chacun avec sa provenance ; la page et le mémo lisent le même bloc, ce qui les rend incapables de se contredire. C’est aussi la raison pour laquelle une fiche est toujours plus complète que la table : la table ne garde de chaque entrée que ses nombres.
Provenance des 48 blocs de cuisson : référence, confiance moyenne : 27 · référence, confiance haute : 19 · estimation, confiance moyenne : 2Une règle qui vaut d’être dite parce qu’elle est vérifiée par machine : aucun seuil sanitaire ne repose sur une estimation. L’audit npm run audit:ingredient-editorial refuse un palier marqué sanitaire dont la provenance est une estimation ou est absente, et refuse l’enregistrement de tout le lot plutôt que d’en publier un. Une estimation reste une provenance honnête pour un ratio d’eau ; sur les degrés d’une volaille, ce serait une invention présentée avec l’aplomb d’une référence.
Les ouvrages et les tables que citent les fiches derrière cette page :
- Anses, table Ciqual
- Anses, table Ciqual, jaune d'œuf cru
- Dietary Guidelines for Americans, édition 2015-2020
- Harold McGee, On Food and Cooking, chapitre sur les œufs
- Règlement (CE) n° 589/2008 sur les normes de commercialisation des œufs
Le mémo à imprimer
La table tient sur une page A4, et c’est sa forme utile : la question « à quelle température est-ce cuit » se pose une sonde dans une main, sans écran disponible. Le mémo « Températures de cuisson à cœur » s’imprime tel quel, ou s’enregistre en PDF depuis la fenêtre d’impression. Le des seuils sanitaires y survit au noir et blanc, et la variante « encre sobre » retire les fonds colorés pour les imprimantes qui les rendent gris.
Le mémo se compose aussi avec d’autres feuilles, une recette ou une fiche aliment, pour n’imprimer qu’une fois : les mémos à imprimer.
Continuer
- Les fiches aliments : la note de chaque palier, le conjonctif, la manipulation et la conservation.
- La cheatsheet Instant Pot : la même question posée à la cocotte sous pression, où le temps remplace le palier.
- Quand ça tourne mal : ce que devient une pièce cuite deux paliers trop loin, et ce qui se récupère.