Deux fers, deux destins : ce que la colonne « fer » additionne

Une fiche de recette affiche un nombre de milligrammes de fer. Ce nombre est la somme de deux molécules qui ne se comportent pas de la même façon, et aucune table de composition grand public ne les sépare. Ce chapitre dit ce que l'Anses publie sur cette différence, combien de plats du répertoire portent une valeur assez fiable pour être imprimée, et comment ces valeurs se distribuent. Il s'arrête là : le milligramme est mesurable, le taux d'absorption ne l'est pas à l'échelle d'une page web.

Une colonne, deux molécules

Le fer héminique est celui qui est engagé dans un noyau hème, la structure qui porte l'atome de fer au centre de l'hémoglobine et de la myoglobine. Il n'existe que dans les tissus animaux : viandes, abats, poissons, coquillages.

Le fer non héminique est tout le reste. Il se trouve dans les légumineuses, les céréales complètes, les légumes verts, les fruits secs et les graines, et il se trouve aussi dans les produits animaux, où il cohabite avec la forme héminique.

Une table de composition ne publie qu'un total. Ciqual donne une colonne « Fer » et rien d'autre, ce qui est cohérent avec ce qu'une table de composition est : le résultat d'un dosage chimique de l'élément, pas une lecture de la molécule qui le portait. Le catalogue hérite de cette colonne et n'en invente pas une seconde.

La conséquence pour lire une fiche est directe. Deux plats à 8 mg de fer par portion peuvent être, le premier un ragoût d'abats, le second un plat de haricots blancs, et la fiche ne distingue pas les deux histoires. Ce chapitre existe pour dire que la distinction existe, pas pour la chiffrer.

Une colonne, deux molécules
FormeOù elle se trouveCe que Ciqual en publie
Fer héminiqueViandes, abats, poissons, coquillages : uniquement des tissus animauxRien de séparé, il est compris dans la colonne « Fer »
Fer non héminiqueLégumineuses, céréales complètes, légumes verts, graines, et aussi les produits animauxRien de séparé non plus, la même colonne

Ce que l'Anses écrit, et ce qu'elle n'écrit pas

La page « Tout savoir sur le fer » de l'Anses pose trois choses, et elles sont citées ici parce qu'elles sont de l'agence et non de ce site.

La première : le taux d'absorption du fer héminique est supérieur à celui du fer non héminique. C'est une comparaison entre deux formes, pas un chiffre attribué à une personne.

La deuxième : la capacité à absorber le fer alimentaire dépend des réserves de l'individu. Cette phrase suffit à expliquer pourquoi ce site ne calcule aucune quantité absorbée. Il faudrait connaître la personne, et une page web ne connaît personne.

La troisième : certains composés augmentent cette absorption, comme la vitamine C, et d'autres la diminuent, comme les tannins du thé. C'est le sujet des deux chapitres suivants, et c'est la seule liste de composés que ce dossier nomme, parce que c'est la seule qu'une agence française a publiée dans ces termes.

Ce que l'Anses n'écrit pas, et que ce chapitre n'inventera donc pas : un coefficient à appliquer à un milligramme pour en déduire ce qui passe la barrière intestinale.

Combien de plats le site peut publier

Le catalogue nutritionnel compte 878 recettes renseignées, dans un instantané généré le 13 septembre 2026. Le fer apparaît dans le panneau de 877 d'entre elles.

Apparaître dans le panneau et être publiable ne sont pas la même chose. Une valeur n'est imprimée que si deux conditions sont remplies : la recette a une couverture nutritionnelle d'au moins 0,9, c'est-à-dire qu'au moins 90 % de ses grammes viennent d'ingrédients dont la composition est connue, et le minéral lui-même est renseigné sur au moins 90 % de ces grammes. Le seuil est le même que celui du filtre nutritionnel et de la fiche de recette, ce qui garantit qu'un tableau de dossier et une fiche ne peuvent pas se contredire.

Sous ce seuil, le fer est publiable pour 502 des 878 recettes. L'écart entre 877 et 502 n'est pas un défaut du calcul, c'est le calcul qui refuse : il reste 375 plats dont une partie des grammes vient d'ingrédients pour lesquels la table ne donne pas de teneur en fer, et pour lesquels une somme partielle serait une sous-estimation présentée comme une mesure.

Le tableau ci-dessous donne le même écart pour les cinq nutriments dont ce dossier parle. Il se lit dans un seul sens : plus la colonne de droite est basse, moins le répertoire peut dire de choses sur ce nutriment.

Combien de plats le site peut publier
NutrimentPrésent dans le panneauPubliable sous le seuil de 0,9
Calcium878 recettes750 recettes
Magnésium878 recettes725 recettes
Zinc878 recettes514 recettes
Fer877 recettes502 recettes
Vitamine C877 recettes345 recettes

La distribution du fer dans 502 plats

Un maximum ne dit rien sans la distribution qui le porte. Voici donc les repères de la colonne fer, calculés sur les 502 portions publiables et sur elles seules.

La médiane est à 2,58 mg par portion. Un quart des plats publiables reste sous 1,32 mg, un quart dépasse 4,92 mg, et le dernier dixième dépasse 8,07 mg. L'écart entre le minimum et le maximum est d'un facteur mille, ce qui est normal pour un répertoire qui contient aussi bien des sauces d'accompagnement que des plats uniques.

Ces chiffres sont des portions et non des valeurs pour 100 g. Une portion de cassoulet et une portion de sauce tomate ne pèsent pas la même chose, et c'est la portion qui correspond à ce qu'une personne a devant elle. Le calcul pour 100 g existe aussi sur chaque fiche, il donne un classement différent, et aucun des deux n'est plus vrai que l'autre.

La lecture honnête de cette table est celle-ci : la moitié du répertoire se tient dans une bande étroite, et les valeurs spectaculaires viennent d'une poignée de plats à base de coquillages, d'abats ou de deux cents grammes de légumineuses.

La distribution du fer dans 502 plats
RepèreFer par portion
Minimum0,03 mg
Premier décile0,58 mg
Premier quartile1,32 mg
Médiane2,58 mg
Troisième quartile4,92 mg
Neuvième décile8,07 mg
Maximum34,89 mg

Les onze plats qui en affichent le plus

Le haut du classement est occupé par deux familles, et elles correspondent exactement aux deux formes du fer décrites plus haut.

Les coquillages d'abord : moules, palourdes, et les plats de riz ou de pâtes construits autour d'eux. Les abats ensuite, avec un ragoût molisan de porc qui monte à 27,82 mg par portion. Ce sont des sources de fer héminique, et leur place en tête du tableau est la seule chose de ce chapitre qui ressemble à une confirmation de la section précédente.

Mais la troisième famille est végétale : une soupe de haricots blancs au chou kale à 19,91 mg, un piyaz turc à 15,21 mg, des gigantes plaki grecs à 14,41 mg. Le fer non héminique atteint les mêmes ordres de grandeur quand la portion contient deux cents grammes de légumineuses. C'est précisément pour cela que la colonne ne suffit pas : les trois familles sont mêlées dans un même classement, et le classement ne sait pas ce qu'il additionne.

Une recette manque à cette table, et son absence est volontaire. Les spaghetti alle vongole afficheraient 21,47 mg, ce qui les placerait cinquièmes, mais leur indicateur de couverture vaut 2,53 : une couverture supérieure à 1 est impossible par construction et signale un double comptage sur le chemin des sous-recettes. Seize lignes du répertoire sont dans ce cas, elles sont écartées de tous les tableaux de ce dossier, et le dernier chapitre dit lesquelles et pourquoi.

Les onze plats qui en affichent le plus
Par portionFerÉnergie
Moules à la crème34,89 mg610 kcal
Soffritto molisano (ragoût d'abats de porc)27,82 mg348 kcal
Tiella barese (gratin de riz, pommes de terre et moules)23,34 mg782 kcal
Linguine allo scoglio (linguine aux fruits de mer)22,23 mg799 kcal
Palourdes farcies20,50 mg467 kcal
Soupe de haricots blancs, chou kale et romarin19,91 mg726 kcal
Cassoulet17,80 mg1 585 kcal
Piyaz (salade turque de haricots blancs)15,21 mg640 kcal
Gigantes plaki (haricots blancs au four)14,41 mg787 kcal
Brodetto all'anconetana (soupe de poissons)13,90 mg525 kcal
Garbure13,42 mg960 kcal

Ce que ce chapitre ne dit pas

Il ne dit pas qu'un plat de la dernière table vaut mieux qu'un autre, ni qu'il faut en manger. Il ne convertit aucun milligramme en pourcentage d'une référence, parce qu'un pourcentage existe pour être comparé à cent et fonctionne donc comme une consigne.

Il ne dit pas non plus quelle part des 34,89 mg des moules à la crème est héminique. Cette part n'est pas dans la table de composition, elle dépend de l'espèce et de la pièce, et l'estimer reviendrait à publier un modèle sous l'apparence d'une mesure.

Ce qui reste est ce que le site sait faire : un chiffre calculé à partir d'une table officielle, un seuil de refus explicite, et le nom de l'agence qui a publié le mécanisme. Le reste est une question à poser à un professionnel de santé, qui dispose de l'information que ce site n'aura jamais, celle de la personne qui la pose.

Sources

Anses, « Tout savoir sur le fer » : les deux formes du fer alimentaire, la supériorité du taux d'absorption de la forme héminique, et la dépendance aux réserves de la personne

Anses, « Les minéraux » : la liste des minéraux et oligo-éléments que l'agence suit, et le rôle qu'elle leur attribue dans les termes qui sont les siens

Organisation mondiale de la santé, fiche « Anaemia » : le document international qui explique pourquoi les agences suivent le fer en particulier, cité sans qu'aucune conséquence en soit tirée

Table Ciqual 2025, Anses, composition nutritionnelle des aliments : la table dont sont issues les compositions des ingrédients, d'où sont calculées les valeurs par portion publiées sur chaque fiche

Les recettes du chapitre

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