
Makhlouta (soupe libanaise aux sept légumineuses)

Makhlouta veut dire « mélange ». Six légumineuses et un grain, mis à cuire par ordre de résistance, et rien d'autre que de l'oignon fondu, du cumin et de l'huile d'olive.
La makhlouta est une soupe de carême et de fin de mois, née du principe qu'on vide les fonds de bocaux dans la même marmite. La liste n'a donc rien de canonique : ce qui compte est la variété, pas l'identité des sept. Au Liban on la sert le lundi de Carême et pendant le mois de Ramadan, chaude, avec du pain et des oignons crus. Sa seule difficulté est le calendrier de cuisson, et il faut le prendre au sérieux parce qu'une légumineuse trop cuite n'est pas rattrapable. Les pois chiches sont les plus coriaces : leurs parois contiennent davantage de pectine liée au calcium, et il leur faut une heure et demie quand une lentille corail est défaite en douze minutes. L'ordre est donc le suivant, chacun entrant quand il reste à peu près son temps de cuisson : pois chiches et haricots blancs d'abord, haricots rouges et borlotti ensuite, boulgour et pois cassés en avant-dernier, lentilles en dernier. Le sel se met à la fin, et c'est la règle la plus souvent discutée. L'idée qu'il durcit les légumineuses est une demi-vérité : les ions sodium déplacent le calcium des parois et accélèrent plutôt l'attendrissement. En revanche, saler une eau de cuisson qui va réduire d'un tiers donne une soupe immangeable, et c'est la vraie raison de le réserver. Le cumin, lui, entre en toute fin : grillé une minute dans l'huile d'olive chaude et versé sur la soupe, il parfume tout le volume, alors que mis au départ il aurait disparu en deux heures de bouillon.
Difficulté: 2/5
Recette originale prévue pour 6 personnes · 3 923 g préparés, 654 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.
Étape 1 — Le trempage est de toute façon la veille, et les quatre légumineuses peuvent tremper dans le même saladier.
Étape 6 — La soupe se fait deux jours à l'avance et gagne à reposer ; l'huile au cumin et l'oignon cru arrivent au service.
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La veille, mettre à tremper séparément les pois chiches, les haricots blancs, les haricots rouges et les borlotti.
Émincer deux oignons et les faire fondre dans la moitié de l'huile d'olive, 15 minutes à feu doux, jusqu'à ce qu'ils soient dorés et sucrés.
C’est prêt quand : Les oignons sont dorés, fondus, et sentent franchement sucré.
Ajouter les pois chiches et les haricots blancs égouttés, couvrir de l'eau, et cuire 50 minutes à frémissement sans saler.
Ajouter les haricots rouges et les borlotti, poursuivre 30 minutes.
C’est prêt quand : Les pois chiches s'écrasent entre deux doigts.
Ajouter le boulgour et les pois cassés, poursuivre 20 minutes en remuant de temps en temps : à partir d'ici la soupe épaissit et peut attacher.
Ajouter les lentilles et cuire 15 minutes de plus. Saler et poivrer seulement maintenant, quand la réduction est faite.
C’est prêt quand : La soupe est épaisse, la cuillère y tient presque debout, et toutes les légumineuses sont tendres.
Chauffer le reste d'huile d'olive dans une petite poêle, y jeter le cumin, compter une minute, et verser sur la soupe. Servir avec le troisième oignon cru émincé à part.
C’est prêt quand : L'huile au cumin est brune et parfumée, le cumin n'ayant pas noirci.
0 / 7 étapes terminées
Pourquoi : Pas remuée après l'ajout du boulgour (Gélatinisation de l'amidon)
Rattrapage : Transvaser immédiatement sans racler le fond : ce qui est au-dessus est souvent sauvable.
Pourquoi : Ajoutés en même temps que le reste, ou pas trempés (Osmose)
Rattrapage : Poursuivre la cuisson : il n'y a pas d'autre solution. Respecter les quatre entrées la prochaine fois.
Pourquoi : Oignons pas assez cuits, ou sel insuffisant (Réaction de Maillard)
Rattrapage : Refaire une friture d'oignons dorés et l'incorporer, et saler franchement : les légumineuses en absorbent beaucoup.
Pourquoi : Resté plus d'une minute dans l'huile chaude (Solubilité des arômes)
Rattrapage : Refaire le taqliya : c'est deux cuillerées d'huile et une minute.
Le même problème, ailleurs sur le site :
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Comment : boîte hermétique
Réchauffage : À feu doux avec de l'eau chaude, la soupe ayant beaucoup épaissi.
Quatre jours au frais et elle devient presque un plat à la fourchette. Elle se congèle très bien ; refaire l'huile au cumin au moment de servir.
Elle l'est déjà, et c'est précisément pour cela qu'elle est le plat du carême libanais.
Le boulgour est du blé : le remplacer par du riz rond ou du millet, ajoutés au même moment.
Un quartier de citron pressé dans l'assiette et une pincée de piment d'Alep : c'est le service le plus courant à Beyrouth, et l'acidité réveille toute la soupe.
Du pain libanais, des radis, des olives et un oignon cru émincé
Une salade de pourpier ou un fattouche, pour le cru et l'acide

Seuls les quatre gros, pois chiches et les trois haricots, trempent la nuit : ils ont une peau épaisse et un cœur dense. Lentilles, pois cassés et boulgour ne trempent pas et entrent en fin de cuisson, parce qu'ils se déferaient entièrement en quatre-vingt-dix minutes. Le plat entier est construit sur ces temps différents.
Le sel ou le sucre attirent l'eau hors des cellules : dégorger un concombre, saumurer une volaille.

Quinze minutes de feu doux pour deux oignons, jusqu'au doré : c'est long et c'est le seul apport de profondeur d'une soupe sans viande. Les sucres de l'oignon brunissent avec ses acides aminés, et c'est ce qui empêche la makhlouta d'être une simple bouillie de légumineuses.
Brunissement et arômes des aliments riches en protéines et sucres saisis à haute température (> 140 °C) : croûte du pain, viande saisie, oignons dorés.

À partir du boulgour et des pois cassés la soupe épaissit vite et attache : leur amidon gélatinise et le fond de la marmite n'est plus protégé par du liquide libre. D'où la consigne de remuer à partir de l'étape 5, qui n'existe pas aux étapes précédentes.
Chauffé en milieu humide, l'amidon gonfle et épaissit : béchamel, crème pâtissière, risotto.

Le cumin est jeté dans l'huile d'olive chaude une minute et versé sur la soupe : c'est le taqliya libanais. Les arômes du cumin sont liposolubles et l'huile les porte en surface, où ils se sentent à chaque cuillère, au lieu de se diluer dans trois litres de bouillon.
Certains arômes se dissolvent dans le gras, d'autres dans l'eau ou l'alcool : d'où l'intérêt de faire revenir les épices ou de flamber.

Le sel n'entre qu'à l'étape 6, après deux heures de réduction. Une soupe salée au départ se concentre avec son sel : douze grammes deviendraient l'équivalent de vingt, et les peaux des légumineuses auraient eu tout le temps de durcir en milieu salé.
Le sel assaisonne, extrait l'eau, renforce le gluten, ralentit la fermentation et rehausse les arômes.

Les oignons quinze minutes à feu doux jusqu'au doré franc, dans la moitié de l'huile. C'est l'étape la plus longue qui ne soit pas une cuisson, et la plus rentable.

Quatre entrées successives, cinquante puis trente puis vingt puis quinze minutes : chaque légumineuse arrive à son temps pour que toutes soient cuites ensemble à l'arrivée.

Le cumin dans l'huile chaude, une minute montre en main : au-delà il noircit et devient amer, et la soupe entière en porterait la trace.

Le troisième oignon cru, finement, servi à part : c'est le contrepoint piquant d'une soupe très douce, et chacun s'en sert.

À l'étape 6, quand la réduction est faite, et en goûtant : les légumineuses absorbent beaucoup de sel et il en faut plus qu'on ne croit.