
Velouté de topinambours aux noisettes torréfiées

Un velouté à la douceur d'artichaut, que la pomme de terre tempère et que la noisette torréfiée relève. Le citron dans l'eau d'épluchage n'est pas une coquetterie.
Le topinambour est un tournesol américain, introduit en France au début du XVIIe siècle et baptisé du nom d'une tribu brésilienne exhibée à Paris la même année, ce qui n'a aucun rapport avec son origine. Il a porté la disette de l'Occupation et en a gardé une réputation qu'il met un siècle à perdre. Sa particularité est biochimique et explique à la fois son goût et ses effets. Il ne stocke pas son énergie sous forme d'amidon mais d'inuline, un polymère de fructose que l'intestin grêle humain ne sait pas découper, faute de l'enzyme. L'inuline arrive donc intacte dans le côlon, où la flore la fermente, d'où les ballonnements dont tout le monde se plaint. Deux choses les atténuent. La cuisson longue en milieu acide hydrolyse une partie de l'inuline en fructose, assimilable celui-là, d'où le jus de citron ajouté à l'eau de cuisson et non seulement à l'eau d'épluchage. Et le tubercule conservé au froid plusieurs semaines voit ses chaînes raccourcir d'elles-mêmes, ce qui le rend aussi plus sucré. Le citron sert d'autre part à empêcher le brunissement : la chair coupée s'oxyde en quelques minutes sous l'action d'une polyphénol-oxydase, exactement comme une pomme, et l'acide ascorbique la bloque. Un topinambour épluché qui attend dans l'eau claire donne un velouté gris. La pomme de terre n'est pas un remplissage : elle apporte l'amidon que le topinambour n'a pas, et sans elle le velouté reste liquide quoi qu'on mixe.
Difficulté: 1/5
Recette originale prévue pour 4 personnes · 2 429 g préparés, 607 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 9 sur 9.
Étape 3 — La base sans crème se fait deux ou trois jours à l'avance, ou se congèle.
Étape 4 — Les noisettes se torréfient et se concassent quelques heures avant, et se gardent à l'air libre.
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Éplucher les topinambours et les jeter au fur et à mesure dans un saladier d'eau citronnée : la chair coupée brunit en quelques minutes.
C’est prêt quand : Les morceaux restent blancs dans l'eau citronnée au lieu de virer au gris.
Faire suer l'oignon émincé et l'ail dans le beurre, 8 minutes, sans coloration.
Ajouter les topinambours égouttés, la pomme de terre en cubes, l'eau et le reste du jus de citron. Cuire 25 minutes : l'acidité découpe une partie de l'inuline et rend la soupe plus digeste.
C’est prêt quand : Un topinambour s'écrase sans résistance contre la paroi à la cuillère.
Torréfier les noisettes au four, 10 minutes, puis les frotter dans un torchon pour ôter les peaux et les concasser grossièrement.
C’est prêt quand : Les noisettes sentent le grillé et leurs peaux se détachent en frottant.
Mixer la soupe très finement avec la crème, saler et poivrer. Passer au chinois si l'on veut une texture de restaurant.
C’est prêt quand : Le velouté nappe la cuillère et ne laisse aucun grain sur la langue.
Servir avec les noisettes concassées et quelques gouttes d'huile de noisette, qui ne se chauffe jamais.
0 / 6 étapes terminées
Pourquoi : Topinambours épluchés à l'air (Oxydation enzymatique)
Rattrapage : Préparer l'eau citronnée avant de prendre l'économe et y jeter chaque morceau aussitôt.
Pourquoi : Cuisson trop courte, ou mixage trop bref
Rattrapage : Poursuivre la cuisson jusqu'à ce que la chair cède, puis mixer deux minutes pleines et passer au chinois.
Pourquoi : Trop d'eau, ou pomme de terre oubliée (Gélatinisation de l'amidon)
Rattrapage : Réduire à découvert quelques minutes : la pomme de terre est ce qui donne le corps.
Pourquoi : Ajoutée avant la cuisson, sur un bouillon acide
Rattrapage : Elle entre au mixage, hors ébullition, et le velouté ne rebout plus ensuite.
Pourquoi : Chauffée, ou bouteille ouverte depuis des mois (Point de fumée)
Rattrapage : Jamais sur le feu, et la garder au réfrigérateur : les huiles de fruits à coque rancissent vite.
Le même problème, ailleurs sur le site :
Vous avez innové dans la manière de foirer cette recette ? Racontez-nous : on cherche avec vous ce qui s’est passé, et si on trouve, ça rejoint cette rubrique pour les suivants.
Comment : boîte hermétique ou bocal
Réchauffage : À feu doux sans bouillir, la crème étant déjà dedans.
Trois jours au réfrigérateur. Il se congèle, de préférence avant l'ajout de la crème, qui se fait alors au réchauffage. Les noisettes se torréfient au moment : gardées dans la soupe, elles ramollissent en une heure.
Huile d'olive à la place du beurre et crème de soja ou purée de noisette à la place de la crème : la purée de noisette est de loin la meilleure option, elle redouble le thème.
Même substitution que ci-dessus, le velouté ne reposant sur aucun laitage pour sa texture.
Deux noix snackées par assiette posées sur le velouté : l'accord topinambour et Saint-Jacques est un classique de bistrot d'hiver.
Des lardons grillés et égouttés à la place des noisettes, ou avec elles : plus rustique, et le gras fumé va très bien au topinambour.
Un chardonnay de Bourgogne peu boisé, ou un cidre brut
Du pain de campagne grillé frotté à l'ail

La chair du topinambour brunit en quelques minutes à l'air, par les mêmes polyphénoloxydases que la pomme, et plus vite encore. D'où le saladier d'eau citronnée préparé avant de commencer à éplucher : l'acide abaisse le pH sous la zone où l'enzyme travaille, et les morceaux y tombent au fur et à mesure. Un velouté gris se mange, mais ce n'est plus le même plat.
Des enzymes brunissent avocat, pomme ou artichaut coupés ; le jus de citron et le froid les freinent.

Le reste du jus de citron part dans l'eau de cuisson, et pas seulement pour la couleur. Le topinambour stocke son sucre sous forme d'inuline, un polymère que l'intestin humain ne digère pas et que le côlon fermente, d'où sa réputation. Vingt-cinq minutes en milieu acide en hydrolysent une partie en fructose : la soupe est plus douce et nettement plus confortable.
L'acide raffermit les protéines, ralentit l'oxydation, équilibre le goût et active le bicarbonate.

Deux cent cinquante grammes de pomme de terre pour huit cents de topinambour : le topinambour ne contient presque pas d'amidon et donnerait un bouillon mixé plutôt qu'un velouté. L'amidon de la pomme de terre gélatinise, gonfle et donne au mixage sa texture nappante, qui porte ensuite la crème.
Chauffé en milieu humide, l'amidon gonfle et épaissit : béchamel, crème pâtissière, risotto.

Dix minutes de four sur les noisettes, puis les peaux frottées dans un torchon : la torréfaction brunit les protéines et les sucres de l'amande et fait apparaître des pyrazines qui n'existent pas dans une noisette crue. C'est le seul élément grillé d'une soupe entièrement fondante, et il porte tout le contraste.
Brunissement et arômes des aliments riches en protéines et sucres saisis à haute température (> 140 °C) : croûte du pain, viande saisie, oignons dorés.

L'huile de noisette se verse en gouttes au moment de servir et ne se chauffe jamais, ce que la recette précise à la dernière ligne. Son point de fumée est bas et surtout ses composés aromatiques sont volatils : chauffée, elle perd en quelques secondes ce pour quoi on l'achète et prend un goût de rance.
Température à laquelle une matière grasse se dégrade et fume : chaque huile a sa cuisson.

L'oignon finement pour qu'il fonde en huit minutes, sans coloration : un velouté de topinambour pâle ne supporte aucun brun.

Vingt-cinq minutes à petits bouillons, jusqu'à ce que les topinambours s'écrasent à la cuillère : sous-cuits, ils restent granuleux au mixage.

Dix minutes à four moyen, puis les noisettes roulées dans un torchon : les peaux se détachent seules et elles sont amères.

Longuement, plus longtemps qu'il ne semble nécessaire : la finesse d'un velouté se gagne à la dernière minute de mixage.

Facultatif et spectaculaire : le chinois retient les fibres du topinambour et donne la texture lisse des restaurants.