
Tarte fine aux endives caramélisées et au maroilles

Les endives braisées au sucre jusqu'à perdre leur amertume, sur une pâte feuilletée piquée, et du maroilles qui fond dessus.
L'endive est née d'un accident belge vers 1850 : des racines de chicorée oubliées dans une cave de Schaerbeek avaient produit des bourgeons blancs et tendres. Le blanchiment, c'est-à-dire la croissance à l'obscurité totale, empêche la synthèse de chlorophylle et limite celle des lactones sesquiterpéniques, les molécules amères de la chicorée. Il en reste assez pour qu'elle soit amère, et c'est tout l'enjeu de la cuisson. Trois choses adoucissent une endive. Le sucre, qui ne supprime pas l'amertume mais la masque, nos récepteurs du goût s'inhibant mutuellement. La caramélisation, qui transforme ces sucres en composés bruns au goût plus complexe. Et le temps, qui laisse une partie des lactones se dégrader à la chaleur. La recette fait les trois à la fois : les endives sont braisées à couvert, puis découvertes et laissées colorer dans leur propre jus réduit. Le cœur dur à la base est la partie la plus amère, parce que les lactones s'y concentrent. On le retire en cône, et c'est le geste que les recettes rapides sautent. Le maroilles est un fromage à croûte lavée du Nord, à la pâte lessivée par les bactéries de surface. Son affinage a déjà protéolysé une partie de sa caséine, ce qui explique qu'il fonde en nappe plutôt qu'en file : les chaînes de protéines sont trop courtes pour former un réseau élastique.
Difficulté: 2/5
Recette originale prévue pour 6 personnes · 1 612 g préparés, 269 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 6 sur 6.
Étape 3 — Les endives caramélisées se font la veille et se gardent au réfrigérateur : c'est l'étape longue, et la tarte se monte ensuite en cinq minutes.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
Couper les endives en deux et retirer le cône dur de la base au couteau : c'est la partie la plus amère.
Les poser face coupée dans le beurre mousseux, saupoudrer de sucre, saler, et cuire à couvert 20 minutes à feu doux.
Découvrir et laisser le jus réduire et les faces colorer, 12 minutes, en les retournant une fois. Poivrer et laisser tiédir.
C’est prêt quand : La poêle est sèche et la face coupée des endives est ambrée.
Dérouler la pâte feuilletée sur sa plaque, la piquer à la fourchette sur toute sa surface et l'étaler de crème fraîche en laissant un bord de deux centimètres.
C’est prêt quand : La pâte est piquée de part en part et la crème étalée en couche mince, bordure respectée.
Ranger les endives dessus, face colorée vers le haut, parsemer de thym et couvrir de lamelles de maroilles sans sa croûte.
Cuire 25 minutes à 200 °C, jusqu'à ce que la pâte soit dorée en dessous et le fromage coulant.
C’est prêt quand : La bordure est gonflée et dorée, le dessous blond, et le maroilles est coulant sans avoir rendu d'huile.
Parsemer de cerneaux de noix concassés et servir chaud.
0 / 7 étapes terminées
Pourquoi : Cône de la base laissé, ou croûte du maroilles conservée (Rôle du sucre)
Rattrapage : Les deux se retirent au couteau avant cuisson, et les deux comptent.
Pourquoi : Endives trop humides ou pâte non piquée (Réduction et concentration)
Rattrapage : Réduire jusqu'à ce que la poêle soit sèche, égoutter sur papier absorbant, et piquer la pâte partout.
Pourquoi : Piquage insuffisant (Séchage et croustillant)
Rattrapage : Une fourchette tous les deux centimètres : la vapeur doit avoir par où sortir.
Pourquoi : Étape à découvert écourtée (Caramélisation)
Rattrapage : Douze minutes au moins, à feu moyen, jusqu'à la coloration : c'est le goût de la tarte.
Pourquoi : Four trop chaud ou cuisson prolongée
Rattrapage : 200 °C et vingt-cinq minutes suffisent : le maroilles doit être coulant, pas bouillant.
Le même problème, ailleurs sur le site :
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Comment : boîte hermétique, à plat
Réchauffage : Dix minutes à 180 °C sur une grille, jamais au micro-ondes.
Deux jours au frais, en sachant qu'une tarte fine perd son croustillant dès la première nuit et se réchauffe obligatoirement au four. Ne se congèle pas une fois cuite : les endives rendent leur eau à la décongélation.
Elle l'est déjà, en choisissant un maroilles au lait cru fermier, dont la présure est parfois animale : vérifier l'étiquette.
Une bûche de chèvre en rondelles à la place du maroilles, pour qui le trouve trop puissant : la tarte devient plus douce et l'endive s'entend davantage.
Deux tranches déchirées posées sur les endives avant le fromage : le salé du jambon et l'amertume de l'endive est un accord classique du Nord.
Une poire en lamelles répartie entre les endives : son sucré joue le même rôle que les vingt grammes de sucre, en plus parfumé.
Une bière de garde ambrée du Nord, ou un blanc sec et vif comme un riesling
Une salade de mâche à l'huile de noix, servie après

Vingt grammes de sucre sur huit endives, et ce n'est pas pour les sucrer. L'amertume de l'endive vient de lactones sesquiterpéniques concentrées dans le cône de la base, et le sucre agit sur la perception : il masque l'amer à dose faible, là où le sel ne le ferait pas. Combiné au retrait du cône à l'étape 1, c'est ce qui rend l'endive mangeable par ceux qui pensent ne pas l'aimer.
Au-delà du goût : conservation, coloration, moelleux, abaissement du point de congélation des glaces.

Les douze minutes à découvert, après les vingt à couvert, sont celles où tout se joue : le jus réduit, le sucre et les sucres propres de l'endive caramélisent au contact de la poêle, et la face coupée prend une couleur ambrée. C'est de là que vient le goût du plat, et c'est aussi pourquoi on pose les endives face colorée vers le haut, pour qu'elle se voie.
Décomposition des sucres à haute température (> 160 °C) qui produit couleur ambrée et arômes complexes.

Une endive est faite de quatre-vingt-quinze pour cent d'eau, et toute cette eau sort sous le couvercle. Si elle n'est pas évaporée avant le montage, elle finira entre la crème et le feuilletage et donnera une tarte molle au fond. Les endives doivent arriver sur la pâte presque sèches et tièdes, jamais ruisselantes.
L'évaporation de l'eau concentre les saveurs et épaissit sauces, jus et confitures.

La pâte feuilletée piquée sur toute sa surface : les trous laissent partir la vapeur qui, sinon, soulèverait le fond en coussin et cuirait la garniture à l'étouffée. C'est le même raisonnement que la bordure de deux centimètres laissée libre, qui seule a le droit de gonfler.
Le croustillant naît du départ de l'eau en surface ; couvrir ou entasser fait ramollir.

Le maroilles est un fromage à pâte molle très gras, et c'est ce gras fondu qui enrobe l'endive et porte son parfum dans toute la tarte. Il est posé en lamelles et sans sa croûte : la croûte orangée concentre les ferments de surface, et fondue elle donne une amertume ammoniaquée qui recouvrirait tout le reste.
Le gras enrobe, attendrit, isole le gluten (pâtes sablées) et transporte les arômes.

Face coupée dans le beurre mousseux, à couvert et à feu doux vingt minutes : l'endive cuit dans sa propre eau, qui est exactement ce qu'un braisage demande.

Couvercle retiré pour les douze dernières minutes, en retournant les endives une fois : on attend que la poêle soit sèche et que les faces aient pris couleur.

Le maroilles en lamelles plutôt qu'en dés : il fond en nappe régulière au lieu de laisser des zones nues entre des flaques.

Les noix grossièrement et après cuisson : passées au four, elles seraient amères, et c'est leur croquant cru qui répond au fondant de l'endive.

Le sel va sur les endives au début, le poivre à la fin : le maroilles est très salé, et saler la tarte montée serait une faute.