
Matelote d'anguille

Des tronçons d'anguille flambés au cognac et mijotés dans un chinon avec lardons, échalotes et champignons, servis sur du pain grillé. Le plat des mariniers de Loire, riche, sombre et brillant, que le vin rouge a rendu célèbre.
La matelote est le plat des « matelots » de Loire, les mariniers qui descendaient le fleuve sur leurs chalands et cuisinaient à bord ce que les nasses avaient pris la nuit. L'anguille en était la prise la plus grasse, et le vin rouge de Chinon ou de Bourgueil celui qu'on avait sous la main. Une honnêteté s'impose : l'anguille européenne est aujourd'hui en danger critique, et sa pêche est strictement encadrée. Achetez-la à un pêcheur professionnel de Loire ou à un poissonnier qui en indique l'origine, et faites-la dépouiller et tronçonner sur place : la peau ne s'enlève pas sans un tour de main. Ce que le plat enseigne tient au gras : la chair d'anguille en contient près de 20 %, et les tanins du vin rouge s'y accrochent, ce qui adoucit le vin et allège le poisson. La farine singée sur les morceaux lie la sauce sans roux, et le flambage brûle l'alcool du cognac en laissant ses arômes.
Difficulté: 3/5
Recette originale prévue pour 4 personnes · 2 486 g préparés, 622 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.
Étape 5 — La matelote entière se prépare la veille et se réchauffe doucement : c'est même la meilleure façon de la servir.
Étape 6 — Les champignons sautés peuvent être faits à l'avance et ajoutés au réchauffage.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
Rincez les tronçons d'anguille, essuyez-les et salez-les légèrement.
Dans une cocotte, faites fondre 30 g de beurre et faites-y dorer les lardons, l'oignon émincé et les échalotes ciselées à feu moyen, jusqu'à ce que les lardons soient blonds et les oignons translucides.
C’est prêt quand : Les lardons sont blonds et ont rendu leur gras, les oignons sont translucides et le fond de la cocotte commence à brunir.
Montez le feu, ajoutez les tronçons d'anguille et saisissez-les 3 minutes en les retournant. Versez le cognac et flambez, en gardant le visage à distance ; attendez que la flamme meure d'elle-même.
Saupoudrez de farine, remuez une minute pour l'enrober, puis versez le vin rouge. Ajoutez l'ail écrasé, le thym, le laurier et les pruneaux, et portez à frémissement.
Laissez mijoter 25 minutes à découvert, à feu doux. La sauce réduit d'un tiers et nappe la cuillère, et la chair de l'anguille se détache de l'arête à la fourchette.
C’est prêt quand : La sauce a réduit d'un tiers, elle nappe le dos de la cuillère, et la chair de l'anguille se détache de l'arête à la fourchette.
Pendant ce temps, faites sauter les champignons émincés dans les 30 g de beurre restants à feu vif, jusqu'à ce qu'ils soient dorés et aient rendu leur eau. Ajoutez-les à la matelote pour les 5 dernières minutes.
C’est prêt quand : Les champignons sont dorés et n'ont plus d'eau dans la poêle : ils grésillent au lieu de bouillir.
Faites griller les tranches de pain de campagne.
Poivrez, retirez le thym et le laurier, parsemez de persil ciselé. Servez la matelote sur le pain grillé, dans des assiettes creuses.
0 / 8 étapes terminées
Pourquoi : Feu trop doux, cocotte couverte, ou trop de vin au départ. (Réduction et concentration)
Rattrapage : Sortez les tronçons d'anguille, montez le feu et laissez réduire cinq à dix minutes, puis remettez le poisson pour le réchauffer.
Pourquoi : Un vin trop tannique, ou une réduction menée trop loin qui a concentré les tanins. (Acidité et pH)
Rattrapage : Ajoutez une noix de beurre froid hors du feu et une cuillerée à café de sucre : le gras et le sucre arrondissent les tanins.
Pourquoi : La farine a été versée dans le liquide, ou n'a pas été cuite une minute dans le gras. (Gélatinisation de l'amidon)
Rattrapage : Passez la sauce au chinois en pressant, puis remettez-la sur le poisson. Singez toujours à sec sur les éléments chauds.
Pourquoi : Elle a bouilli, ou elle a été remuée à la cuillère pendant la cuisson.
Rattrapage : Servez-la effeuillée sur le pain, personne ne s'en plaindra. Secouez la cocotte plutôt que de remuer.
Le même problème, ailleurs sur le site :
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Comment : boîte hermétique, poisson dans sa sauce
Réchauffage : À feu très doux, à couvert, dix minutes, sans remuer autrement qu'en secouant la cocotte : l'anguille cuite est fragile.
Deux jours au réfrigérateur, et la matelote est meilleure le lendemain, quand le vin a fini de pénétrer la chair. Le pain se grille au moment de servir.
Certaines auberges de Loire la font au vin blanc et à la crème : la sauce est plus claire et plus douce, et on remplace les pruneaux par des petits oignons glacés.
Avec de la lotte de rivière, du sandre et de la carpe à la place de l'anguille : c'est la matelote de bateliers, faite de ce que la Loire donnait ce jour-là.
Le même vin que dans la sauce : un chinon ou un bourgueil, servi frais à 15 °C.
Du pain de campagne grillé sous la matelote, et rien d'autre.

Lardons, oignons puis anguille sont dorés avant tout liquide : ces sucs bruns collés au fond de la cocotte sont la base du goût. Une matelote où tout part à froid dans le vin est plate, quelle que soit la durée de cuisson.
Brunissement et arômes des aliments riches en protéines et sucres saisis à haute température (> 140 °C) : croûte du pain, viande saisie, oignons dorés.

La farine saupoudrée sur les ingrédients chauds (singer) est cuite une minute dans le gras avant le vin : ses grains d'amidon gonflent ensuite dans le liquide et lient la sauce sans faire de grumeaux.
Chauffé en milieu humide, l'amidon gonfle et épaissit : béchamel, crème pâtissière, risotto.

Le vin rouge dissout les sucs du fond et, à mesure qu'il réduit, se charge de la gélatine de l'anguille : c'est elle qui donne à la matelote sa texture nappante et brillante.
Les sucs caramélisés au fond du récipient se dissolvent dans un liquide : c'est la base des sauces.

Vingt-cinq minutes à découvert font perdre un tiers du volume : l'alcool part, les tanins du vin s'assouplissent et la sauce passe de liquide à nappante.
L'évaporation de l'eau concentre les saveurs et épaissit sauces, jus et confitures.

L'anguille est un poisson gras : c'est l'acidité du vin rouge, et le sucre des pruneaux qui l'équilibre, qui empêchent le plat d'être écœurant.
L'acide raffermit les protéines, ralentit l'oxydation, équilibre le goût et active le bicarbonate.

Le cognac s'enflamme pour brûler l'alcool et laisser ses arômes : penchez-vous en arrière, ne remuez pas et attendez que la flamme meure seule.

Singer, c'est-à-dire saupoudrer la farine sur les éléments chauds et la cuire une minute avant de mouiller : la liaison se fait alors sans grumeau.

Vingt-cinq minutes à découvert, à petits frémissements : à gros bouillons, l'anguille se déferait avant que la sauce ne soit réduite.

Les champignons se sautent à part, à feu vif, jusqu'à évaporation de leur eau : ajoutés crus à la matelote, ils la délaieraient.

Le vin versé sur la cocotte chaude décolle tout ce qui est collé au fond, en grattant à la spatule.
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