
Tajarin ai tuorli (tagliolini piémontais aux jaunes d'œufs)

Les pâtes fraîches les plus riches d'Italie : douze jaunes d'œufs pour 300 g de farine, et pas un blanc. Elles existent parce que, dans les Langhe, les blancs partaient au collage du vin.
Les tajarin sont les tagliolini du Piémont, taillés plus fin que partout ailleurs, et leur signe distinctif est le nombre de jaunes : trente au kilo de farine dans les maisons des Langhe, ce qui est à peu près le double de ce qu'une pâte à nouilles italienne ordinaire accepte. L'explication est locale et très concrète. Le Barolo et le Barbaresco étaient collés au blanc d'œuf, une pratique qui consiste à battre des blancs dans la barrique pour que l'albumine agglomère les tanins les plus durs et tombe avec eux. Une cave qui collait quelques dizaines de barriques se retrouvait avec des seaux de jaunes, et la cuisine en a fait des pâtes. Un jaune d'œuf, c'est à peu près la moitié d'eau, un tiers de matière grasse et un sixième de protéines. Remplacer l'eau d'une pâte par du jaune change donc trois choses à la fois. Il y a moins d'eau libre pour hydrater le gluten, de sorte que le réseau reste court et que la pâte est tendre plutôt qu'élastique. La lécithine du jaune émulsionne la graisse dans ce peu d'eau et donne une pâte souple qui ne colle pas. Et les caroténoïdes donnent la couleur, qui est la seule chose que l'on voie avant de goûter. Le repos de trente minutes n'est pas facultatif. Au sortir du pétrissage, l'eau est inégalement répartie et le gluten est sous tension : abaissée tout de suite, la pâte revient sur elle-même à chaque passage. Une demi-heure sous film suffit à égaliser l'hydratation et à relâcher le réseau, et l'abaisse descend alors sans résister jusqu'à l'épaisseur où l'on voit sa main au travers. La sauce est délibérément à peine une sauce. Une pâte aussi fine et aussi riche cuit en soixante à quatre-vingt-dix secondes et se laisse écraser par n'importe quel ragoût : le beurre de sauge, qui est une émulsion de beurre noisette et d'eau de cuisson amidonnée, l'enrobe sans l'alourdir. En saison, c'est la même assiette qui reçoit la truffe blanche d'Alba, râpée hors du feu.
Difficulté: 3/5
Recette originale prévue pour 4 personnes · 672 g préparés, 168 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 7 sur 7.
Étape 5 — Les tajarin crus se congèlent en nids sur un plateau puis se versent dans une boîte, et se cuisent sans décongélation.
Étape 3 — La boule filmée attend quelques heures à température ambiante ou une nuit au réfrigérateur, sortie une heure avant d'être abaissée.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
Verser la farine en fontaine sur le plan de travail, casser les jaunes au centre avec le sel et l'huile, et mélanger du bout des doigts en ramenant la farine vers le centre par petites quantités.
Pétrir dix minutes à la paume. La pâte paraît dure et presque sèche, et c'est normal : avec douze jaunes il n'y a pas d'eau libre, elle s'assouplira au repos.
C’est prêt quand : La pâte est lisse, très ferme, et rebondit lentement sous la pression du doigt.
Filmer la boule et la laisser reposer trente minutes à température ambiante.
Abaisser au rouleau ou au laminoir jusqu'à voir la main au travers, environ un demi-millimètre. Fariner légèrement l'abaisse, la rouler sur elle-même et la tailler en lanières de 2 mm.
C’est prêt quand : On distingue la forme de sa main sous l'abaisse posée dessus.
Détacher les tajarin en les soulevant, les fariner d'un geste et les laisser sécher quinze minutes en petits nids sur un linge.
Faire fondre le beurre à feu doux avec les feuilles de sauge, jusqu'à ce qu'il mousse et sente la noisette, sans brunir au-delà.
C’est prêt quand : Le beurre a cessé de mousser, sent la noisette, et des points bruns se déposent au fond.
Cuire les tajarin 60 à 90 secondes dans un grand volume d'eau bouillante salée. Ils remontent presque aussitôt.
C’est prêt quand : Les tajarin remontent en surface au bout de quelques dizaines de secondes.
Les égoutter et les verser dans le beurre de sauge avec une louche d'eau de cuisson, secouer la poêle jusqu'à ce que la sauce nappe, puis ajouter le parmesan hors du feu et poivrer.
C’est prêt quand : La sauce est brillante et nappe chaque brin, sans beurre libre au fond de la poêle.
0 / 8 étapes terminées
Pourquoi : Farine trop sèche ou jaunes trop petits (Réseau de gluten)
Rattrapage : Un jaune de plus ou quelques gouttes d'eau, pas davantage : la pâte doit rester ferme.
Pourquoi : Repos insuffisant (Réseau de gluten)
Rattrapage : Refilmer et attendre vingt minutes de plus : tirer sur un gluten tendu ne mène nulle part.
Pourquoi : Feu trop vif (Réaction de Maillard)
Rattrapage : Recommencer, le beurre brûlé ne se rattrape pas. Feu doux et on s'arrête à l'odeur.
Pourquoi : Pas d'eau de cuisson, ou poêle remuée à la cuillère (Émulsion)
Rattrapage : Une louche d'eau amidonnée et un mouvement de poêle énergique pendant trente secondes.
Pourquoi : Insuffisamment farinés ou cuits dans trop peu d'eau
Rattrapage : Fleurer à la semoule au moment de les détacher, et compter quatre litres d'eau.
Le même problème, ailleurs sur le site :
Vous avez innové dans la manière de foirer cette recette ? Racontez-nous : on cherche avec vous ce qui s’est passé, et si on trouve, ça rejoint cette rubrique pour les suivants.
Comment : plateau fariné filmé, ou nids congelés dans une boîte
Réchauffage : Ne se réchauffent pas : les tajarin se cuisent au moment.
Deux jours crus au réfrigérateur sur un plateau fariné, ou congelés en nids et jetés dans l'eau sans décongeler, trente secondes de plus. Une fois cuits et sautés au beurre, ils se mangent dans la minute.
Elle l'est déjà, en prenant un parmesan à présure microbienne ou un grana padano vegetariano.
La sauce la plus courante au Piémont après le beurre : chair à saucisse émiettée, vin blanc, un peu de tomate, mijotée une heure.
Beurre de sauge, puis une râpée généreuse de truffe blanche d'Alba hors du feu : c'est le plat dans sa forme canonique, et il n'y a rien à ajouter.
Foies de volaille sautés au beurre et au marsala, écrasés à la fourchette : une préparation ancienne des Langhe, qui donne au plat une profondeur inattendue.
Un barbera d'Alba, ou un nebbiolo jeune : le Piémont dans le verre comme dans l'assiette
Une salade de puntarelle ou un vitello tonnato en petite portion

Douze jaunes et pas une goutte d'eau : la pâte paraît dure et presque sèche, ce qui est le contraire d'un défaut. Un jaune contient à peine cinquante pour cent d'eau, et presque toute est retenue par ses lipoprotéines, de sorte que la farine est très peu hydratée. Les dix minutes de pétrissage sont ce qui permet malgré cela au réseau de gluten de se former, et les trente minutes de repos le détendent assez pour que l'abaisse descende à un demi-millimètre sans se rétracter.
Le pétrissage crée un réseau élastique qui retient les gaz de fermentation ; à l'inverse, trop travailler une pâte à tarte la rend dure.

Le gras des jaunes, trente grammes environ pour trois cents grammes de farine, s'interpose entre les brins de gluten et les empêche de se souder complètement. C'est pourquoi les tajarin sont tendres et presque crémeux sous la dent là où une pâte à l'eau est élastique, et c'est pourquoi aussi ils cuisent en une minute : la pâte est pleine de gras et d'air plutôt que serrée.
Le gras enrobe, attendrit, isole le gluten (pâtes sablées) et transporte les arômes.

Le beurre fondu doucement avec la sauge jusqu'à l'odeur de noisette : les protéines du petit-lait brunissent au fond de la poêle et c'est de là que vient tout le goût de la sauce, qui ne contient rien d'autre. Au-delà, le beurre noircit, devient amer, et il n'y a pas de retour.
Brunissement et arômes des aliments riches en protéines et sucres saisis à haute température (> 140 °C) : croûte du pain, viande saisie, oignons dorés.

Une louche d'eau de cuisson versée dans le beurre, puis la poêle secouée : l'amidon dissous dans l'eau stabilise une émulsion entre le gras et l'eau, et la sauce passe de deux liquides séparés à un nappage brillant qui tient aux pâtes. Sans cette eau, le beurre glisse et reste au fond du plat.
Dispersion stable de gras dans l'eau (ou l'inverse) grâce à un émulsifiant et à l'agitation : mayonnaise, vinaigrette, ganache.

Soixante à quatre-vingt-dix secondes dans un grand volume d'eau bouillante : les pâtes fraîches ne contiennent presque pas d'eau à chasser, leur amidon gélatinise presque instantanément sur un demi-millimètre d'épaisseur, et elles remontent en surface pour le dire. Une minute de plus et elles sont molles.
Chauffé en milieu humide, l'amidon gonfle et épaissit : béchamel, crème pâtissière, risotto.

Dix minutes à la paume sur une pâte qui résiste : c'est long et c'est pénible, et c'est la différence entre une abaisse qui se déchire et une qu'on voit par transparence.

Trente minutes filmée à température ambiante : le gluten se détend et l'eau des jaunes se répartit, ce qui rend soudain souple une boule qui semblait impossible à étaler.

Jusqu'à voir la main au travers, un demi-millimètre : les tajarin sont définis par cette finesse autant que par les jaunes.

À feu doux, avec la sauge dedans dès le début pour qu'elle infuse pendant que le beurre mousse, et on s'arrête à l'odeur de noisette.

Soixante à quatre-vingt-dix secondes, pas davantage : on goûte à la minute et on sort.

La poêle secouée, jamais remuée à la cuillère : le mouvement circulaire est ce qui lie l'eau amidonnée au beurre.