
Vitello tonnato (veau froid, sauce au thon)

Un rôti de veau poché doucement, refroidi dans son bouillon, tranché finement et nappé d'une sauce froide au thon, aux anchois et aux câpres. Le grand hors-d'œuvre piémontais, qui se prépare entièrement la veille.
Le vitello tonnato est piémontais et bien plus ancien que la mayonnaise qu'on lui associe : chez Pellegrino Artusi, en 1891, la sauce n'est qu'un thon pilé avec des anchois, du citron et de l'huile. Le mot « tonnato » viendrait du français « tanné », traité comme une conserve, plutôt que du thon lui-même. Ce que la recette apprend tient en deux gestes. Le premier est l'émulsion à froid : le jaune d'œuf apporte les lécithines qui entourent chaque gouttelette d'huile, mais la phase aqueuse de départ (deux jaunes et un filet de citron) est minuscule, et si l'huile arrive trop vite elle n'a plus rien pour se disperser. La sauce tranche alors en une seconde. Le second est le refroidissement du veau dans son bouillon : les fibres qui se rétractent réabsorbent du liquide, et c'est la seule façon d'avoir des tranches encore juteuses le lendemain.
Difficulté: 3/5
Recette originale prévue pour 6 personnes · 3 452 g préparés, 575 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.
C'est le mode normal de la recette : pochez le veau et laissez-le refroidir dans son bouillon toute la nuit. Il tranchera net et sera meilleur.
La sauce peut être montée le matin pour le soir, gardée au frais dans un bol filmé. Fouettez-la une seconde avant de napper si elle a épaissi.
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Ficelez le rôti de veau serré, en tours réguliers tous les deux centimètres : il doit garder une section ronde pour que les tranches soient toutes de la même taille. Séchez-le au papier absorbant.
Dans un faitout juste assez grand, réunissez la carotte en tronçons, l'oignon piqué des clous de girofle, le céleri, le laurier, le vin blanc, l'eau, le gros sel et le poivre en grains. Portez à frémissement.
Plongez le rôti et baissez le feu jusqu'à ce que la surface tremble sans bouillonner, autour de 80 °C. Comptez 45 à 60 minutes selon l'épaisseur : le veau est cuit quand une aiguille traverse sans résistance et que le jus qui perle est clair.
C’est prêt quand : Une aiguille traverse le rôti sans résistance et le jus qui perle au point de piqûre est clair, sans trace rosée.
Coupez le feu et laissez le rôti refroidir entièrement dans son bouillon, à couvert, puis placez le tout au réfrigérateur au moins 3 heures. Ne le sortez pas du liquide pour aller plus vite : c'est en refroidissant dedans qu'il reste juteux.
Préparez la base de la sauce : fouettez les jaunes d'œuf avec le jus d'un demi-citron dans un saladier, puis versez l'huile de tournesol goutte à goutte au début, en filet ensuite, sans cesser de fouetter. La sauce doit épaissir et former des sillons.
C’est prêt quand : Le fouet laisse des sillons qui se referment lentement, et la sauce tient sur les branches quand vous soulevez.
Mixez le thon égoutté, les anchois et la moitié des câpres avec deux cuillères du bouillon filtré, puis incorporez ce mélange à la sauce montée. Détendez avec du bouillon jusqu'à la consistance d'une crème épaisse qui nappe le dos d'une cuillère.
Sortez le rôti bien froid, essuyez-le et taillez-le en tranches de 3 millimètres, au couteau long et d'un seul geste. Un veau tiède se déchire, un veau froid se tranche.
C’est prêt quand : Les tranches se détachent entières, de 3 millimètres, sans se déchirer ni s'effilocher sur les bords.
Disposez les tranches à plat sur le plat de service, nappez de sauce en couche fine, parsemez des câpres restantes et d'un tour de moulin. Réservez 15 minutes au frais avant de servir, le temps que la sauce prenne le goût du veau.
0 / 8 étapes terminées
Pourquoi : L'huile est arrivée trop vite au début, avant que les lécithines des jaunes aient eu le temps de former les premières gouttelettes. (Émulsion)
Rattrapage : Repartez d'un jaune neuf dans un bol propre et versez-y la sauce cassée goutte à goutte, comme si c'était de l'huile. Elle reprend en une minute.
Pourquoi : Le bouillon a bouilli au lieu de frémir, ou le rôti a été sorti du liquide chaud pour refroidir à l'air. (Dénaturation des protéines)
Rattrapage : Rien ne se rattrape sur la viande, mais nappez plus généreusement et servez le plat très frais : la sauce compense un peu. La fois suivante, thermomètre à 80 °C et refroidissement dans le bouillon.
Pourquoi : Le sel a été ajouté à la sauce avant d'y mettre le thon, les anchois et les câpres, qui en apportent déjà beaucoup. (Rôle du sel)
Rattrapage : Détendez avec du bouillon non salé et une pointe de citron, ou ajoutez une cuillère de ricotta. Ne salez jamais cette sauce avant de l'avoir goûtée finie.
Le même problème, ailleurs sur le site :
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Comment : plat couvert d'un film alimentaire au contact, ou boîte hermétique
La sauce contient des jaunes crus : deux jours au réfrigérateur, pas davantage, et jamais de congélation (l'émulsion tranche à la décongélation). Le veau seul, dans son bouillon, tient trois jours.
La version de 1891 : pas de jaune ni de mayonnaise, seulement thon, anchois, câpres, citron et huile mixés avec le bouillon. Plus marine et plus légère.
Remplacez le thon en conserve par 200 g de thon frais poché cinq minutes dans le court-bouillon du veau. Le goût est plus fin, la sauce moins puissante.
Deux filets de poulet pochés à 75 °C remplacent la noix de veau. Ce n'est plus un vitello tonnato mais l'idée fonctionne, pour un tiers du prix.
Un blanc piémontais vif et sec, Gavi di Gavi ou Roero Arneis
Des grissini torinesi et une salade de roquette à peine huilée

Deux jaunes et un filet de citron, c'est une phase aqueuse minuscule pour 20 cl d'huile : les lécithines n'ont le temps d'entourer les gouttelettes que si l'huile arrive goutte à goutte au début. Une fois la sauce prise, elle accepte un filet continu.
Dispersion stable de gras dans l'eau (ou l'inverse) grâce à un émulsifiant et à l'agitation : mayonnaise, vinaigrette, ganache.

Le veau est poché à 80 °C et non à ébullition : au-delà de 85 °C les fibres se contractent brutalement et chassent leur eau, ce qui donne des tranches sèches et grises au lieu de rosées.
La chaleur, l'acide ou le fouettage déplient les protéines et changent la texture (viande qui raffermit, poisson qui « cuit » au citron).

Le refroidissement dans le bouillon est le vrai secret : les fibres qui se rétractent en refroidissant réabsorbent du liquide au lieu de le perdre sur la planche.
Après cuisson, les fibres se détendent et les jus se redistribuent : une viande reposée reste juteuse à la découpe.

Les aromates du court-bouillon (girofle, laurier, céleri) passent dans l'eau puis dans le premier centimètre de la viande ; c'est aussi ce bouillon qui servira à détendre la sauce, ce qui relie les deux moitiés du plat.
Les molécules d'arôme migrent du milieu concentré vers le dilué : marinades, thé, bouillons, épices dans une sauce.

Le thon, les anchois et les câpres apportent déjà beaucoup de sel : la sauce ne se sale pas avant d'avoir été goûtée montée et complète.
Le sel assaisonne, extrait l'eau, renforce le gluten, ralentit la fermentation et rehausse les arômes.

La surface du bouillon doit trembler sans qu'une seule bulle éclate. Si vous voyez bouillonner, décalez le faitout à moitié hors du feu plutôt que de baisser la flamme.

Jaunes et citron d'abord, seuls, fouettés dix secondes ; l'huile ensuite, goutte à goutte jusqu'à ce que le mélange épaississe visiblement, en filet après.

Thon, anchois et câpres se mixent avec deux cuillères de bouillon avant d'aller dans la sauce montée : mixés directement dedans, ils la font retomber.

Filtrez le bouillon avant de vous en servir pour détendre la sauce, sinon des débris d'aromates se retrouvent dans le nappage.

Goûtez la sauce froide et non tiède : le froid éteint la perception du sel, une sauce parfaite tiède sera fade à table.
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