
Castagnaccio (gâteau toscan à la farine de châtaigne et au romarin)

Ni œuf, ni beurre, ni sucre ajouté : de la farine de châtaigne, de l'eau, de l'huile d'olive et du romarin. Le gâteau des années maigres.
Le castagnaccio est un gâteau de pauvreté et il n'en a pas honte. Dans l'Apennin toscan, où le châtaignier s'appelait l'arbre à pain, la farine de châtaigne a nourri des vallées entières pendant des siècles. La recette d'origine n'a ni œuf, ni lait, ni beurre, ni sucre ajouté, et les versions qui en mettent perdent ce qui la rend intéressante. Le sucre est déjà là : la châtaigne séchée et moulue contient entre 20 et 25 % de sucres, dont beaucoup de saccharose, parce que la dessiccation lente au séchoir laisse ses amylases couper une partie de l'amidon. C'est la raison pour laquelle la farine de châtaigne sent le sucre à la cuillère. L'absence d'œuf et de gluten, la châtaigne n'en ayant aucun, explique la texture. Il n'y a pas de réseau pour retenir du gaz, rien ne lève, et le castagnaccio reste une galette dense et humide de deux centimètres. C'est la bonne texture, pas un raté. La croûte craquelée est le signe d'une réussite : en séchant, la surface se contracte plus vite que l'intérieur encore humide et se fend. Un castagnaccio lisse est trop épais ou pas assez cuit. Le romarin avec un dessert surprend et ne devrait pas. Ses terpènes, le cinéol et le camphre, sont les mêmes familles de molécules que celles d'un zeste d'agrume, et ils coupent le sucré de la châtaigne exactement comme le ferait un citron.
Difficulté: 1/5
Recette originale prévue pour 8 personnes · 1 124 g préparés, 141 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.
Étape 7 — Il se fait la veille sans rien perdre : la châtaigne s'arrondit et le romarin diffuse.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
Faire gonfler les raisins secs dans un bol d'eau tiède.
Tamiser la farine de châtaigne, qui s'agglomère toujours, et la délayer peu à peu avec l'eau froide et le sel jusqu'à obtenir une pâte lisse de la consistance d'une pâte à crêpes.
C’est prêt quand : La pâte nappe le fouet et tombe en ruban continu, sans un seul grumeau visible.
Incorporer la moitié de l'huile d'olive et les raisins égouttés.
Verser dans un moule largement huilé sur une épaisseur de deux centimètres, pas davantage.
Parsemer de pignons, de noix concassées et d'aiguilles de romarin, et arroser du reste d'huile d'olive.
Cuire 40 minutes à 190 °C, jusqu'à ce que la surface soit craquelée et les pignons dorés. Les craquelures sont le signe que c'est cuit.
C’est prêt quand : La surface est couverte de craquelures sèches et les pignons sont dorés. Les craquelures sont le repère, pas la couleur du dessous.
Laisser refroidir complètement dans le moule avant de couper en carrés.
C’est prêt quand : Complètement froid, le gâteau se détache du moule en bloc et se coupe net sans s'effriter.
0 / 7 étapes terminées
Pourquoi : La pâte faisait plus de deux centimètres d'épaisseur (Gélatinisation de l'amidon)
Rattrapage : Couvrir d'aluminium et prolonger de quinze minutes. La prochaine fois, un moule plus large.
Pourquoi : La farine de châtaigne est vieille et a ranci, ou le romarin a été haché
Rattrapage : Rien à faire sur celui-ci. La farine se sent avant usage : elle doit être douce et sucrée, pas piquante.
Pourquoi : La farine n'a pas été tamisée, ou l'eau a été versée d'un coup (Réseau de gluten)
Rattrapage : Passer la pâte au chinois en pressant, ce qui règle le problème entièrement avant cuisson.
Le même problème, ailleurs sur le site :
Vous avez innové dans la manière de foirer cette recette ? Racontez-nous : on cherche avec vous ce qui s’est passé, et si on trouve, ça rejoint cette rubrique pour les suivants.
Comment : boîte hermétique ou sous un linge
Trois jours à température ambiante, et il durcit un peu chaque jour, ce qui ne le dessert pas. Le réfrigérateur le rend caoutchouteux et il ne se congèle pas bien.
Elle l'est déjà : farine, eau, huile d'olive et fruits secs, sans œuf ni lait. C'est un gâteau de carême toscan.
La farine de châtaigne n'en contient pas ; il suffit de choisir un paquet certifié, le risque étant la contamination au moulin.
Servi avec une cuillerée de ricotta fraîche à peine battue au miel, ce qui est l'habitude à Lucques et compense la densité du gâteau.
Un vin santo toscan, dont le sucré compense l'absence de sucre du gâteau
De la ricotta fraîche, à peine sucrée

La farine de châtaigne n'a pas de gluten, et c'est ce qui dicte toute la recette : rien ne retient de bulle, donc pas de levant, pas d'œuf, et une épaisseur de deux centimètres au-delà de laquelle le centre ne cuirait jamais.
Le pétrissage crée un réseau élastique qui retient les gaz de fermentation ; à l'inverse, trop travailler une pâte à tarte la rend dure.

L'amidon de la châtaigne, hydraté par les 50 cL d'eau et chauffé, est la seule chose qui fait tenir ce gâteau. La texture finale n'est pas celle d'une mie mais celle d'un flan dense, et c'est normal.
Chauffé en milieu humide, l'amidon gonfle et épaissit : béchamel, crème pâtissière, risotto.

Les craquelures de la surface sont le signal de cuisson : elles apparaissent quand la couche supérieure a perdu assez d'eau pour se contracter plus vite que le dessous. Un castagnaccio lisse n'est pas cuit.
Le croustillant naît du départ de l'eau en surface ; couvrir ou entasser fait ramollir.

Le romarin est posé sur le dessus et arrosé d'huile, pas mélangé à la pâte. Ses huiles essentielles sont liposolubles : l'huile chaude les extrait et les diffuse en surface, où elles restent perceptibles, alors que noyées dans la pâte elles disparaîtraient.
Certains arômes se dissolvent dans le gras, d'autres dans l'eau ou l'alcool : d'où l'intérêt de faire revenir les épices ou de flamber.

Il n'y a pas un gramme de sucre ajouté. Toute la douceur vient de la farine de châtaigne et des raisins, et c'est pourquoi la qualité de la farine décide du gâteau : une farine de l'année précédente est fade et un peu amère.
Au-delà du goût : conservation, coloration, moelleux, abaissement du point de congélation des glaces.

La farine de châtaigne est tamisée sans exception : elle est grasse et s'agglomère en petites boules dures qui ne se délayent jamais une fois l'eau ajoutée.

L'eau est versée peu à peu sur la farine en fouettant, et non l'inverse. Toute l'eau d'un coup fait des grumeaux qu'il faudra passer au chinois.

Largement huilé et rien d'autre : pas de papier, pas de farine. L'huile au contact du moule frit légèrement le dessous, qui devient la meilleure partie.

Les noix grossièrement, à la main ou au couteau. En poudre elles disparaîtraient dans une pâte déjà dense.