
Tourtière du Lac-Saint-Jean

Des viandes en cubes et des pommes de terre, marinées la veille, cuites six heures sous une croûte au saindoux. Rien à voir avec la tourtière en hachis.
Deux plats québécois portent ce nom et ils n'ont presque rien en commun. La tourtière de Montréal est une tarte plate à la viande hachée, cuite en une heure. Celle du Lac-Saint-Jean est une pièce profonde, des viandes en cubes et des pommes de terre, cuite six à sept heures. Le nom vient probablement du plat creux appelé tourtière, et peut-être de la tourte voyageuse, ce pigeon dont les vols obscurcissaient le ciel et qui a été chassé jusqu'à l'extinction en 1914. La longueur de la cuisson n'est pas de la tradition pour la tradition. À 160 °C sous une croûte scellée, puis à 120 °C, l'intérieur reste autour de 90 °C et le collagène des morceaux les plus durs s'hydrolyse entièrement en gélatine. C'est cette gélatine qui donne à la tourtière refroidie sa tenue de pâté et qui rend tolérable le mélange de trois viandes de textures différentes : chacune arrive au même endroit au bout de six heures, ce qu'aucune cuisson courte ne permettrait. Les cubes et non le haché, c'est le deuxième point. La viande hachée en six heures devient une pâte ; les cubes d'un centimètre et demi gardent une structure et les pommes de terre entre eux absorbent le jus. La marinade de la veille, avec oignon et épices, a un rôle réel mais limité : le sel pénètre et solubilise partiellement les protéines myofibrillaires, ce qui aide la viande à retenir son eau. Les arômes, eux, ne vont pas au-delà de quelques millimètres, et c'est la cuisson qui les distribue. La pâte est au saindoux, qui ne contient pas d'eau et n'a pas de cristaux élastiques : elle est friable plutôt que feuilletée, et elle supporte sept heures sans se détremper.
Difficulté: 3/5
Recette originale prévue pour 8 personnes · 5 103 g préparés, 638 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.
Étape 1 — La marinade des viandes est obligatoirement de la veille : ce n'est pas une anticipation, c'est l'étape 1.
Étape 2 — La pâte au saindoux se garde trois jours au réfrigérateur et se congèle.
Étape 8 — La tourtière entière se cuit la veille du repas et se réchauffe : c'est l'usage dans les familles du Lac.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
La veille, couper les trois viandes en cubes d'un centimètre et demi, jamais hachées, et les mélanger avec deux oignons hachés, la sarriette, les clous de girofle écrasés, la cannelle, le sel et le poivre. Couvrir et laisser au froid toute la nuit.
Préparer la pâte en sablant la farine avec le saindoux froid et une pincée de sel, puis en ajoutant juste assez d'eau glacée pour qu'elle se rassemble. Ne pas la travailler. Réserver au froid 1 heure.
C’est prêt quand : La pâte se rassemble en boule sans coller et laisse voir des morceaux de saindoux.
Le lendemain, éplucher les pommes de terre et les couper en cubes de la même taille que la viande. Les mélanger à la viande marinée avec les deux oignons restants.
Foncer une cocotte en fonte profonde avec les deux tiers de la pâte, en la faisant remonter sur les bords, et la garnir du mélange sans tasser.
Verser le bouillon délayé dans l'eau chaude jusqu'à affleurer la garniture, ajouter le laurier, couvrir du reste de pâte abaissée, souder les bords et percer une cheminée au centre. Dorer à l'œuf.
C’est prêt quand : Le bouillon affleure la garniture sans la noyer, et les bords de pâte sont soudés.
Enfourner à couvert 1 heure à 200 °C, le temps que la croûte prenne et que le liquide frémisse.
C’est prêt quand : La croûte est prise et on entend frémir sous le couvercle.
Baisser à 120 °C et poursuivre 5 à 6 heures. Vérifier une fois à mi-cuisson et rajouter un peu de bouillon chaud par la cheminée si le niveau a trop baissé.
C’est prêt quand : La viande se défait à la fourchette et le jus visible par la cheminée est épais et sombre.
Laisser reposer 20 minutes avant de servir, avec des betteraves marinées ou un ketchup aux fruits, comme au Lac-Saint-Jean.
0 / 8 étapes terminées
Pourquoi : Cuisson trop courte ou trop chaude (Dénaturation des protéines)
Rattrapage : Cinq heures à 120 °C est un minimum : une viande de mijotage passe par une phase dure avant de céder, et accélérer ne fait que la fixer.
Pourquoi : Niveau de bouillon non vérifié
Rattrapage : Rajouter du bouillon chaud par la cheminée à mi-cuisson : six heures de four évaporent plus qu'on ne croit.
Pourquoi : Pâte trop fine ou bords mal soudés
Rattrapage : Abaisser le couvercle à quatre millimètres au moins et pincer fermement : il doit porter son propre poids pendant six heures.
Pourquoi : Bouillon versé au-dessus du niveau de la garniture
Rattrapage : Verser jusqu'à affleurer et pas davantage : les pommes de terre et la viande rendent encore du liquide.
Pourquoi : Marinade de la veille sautée (Osmose)
Rattrapage : La nuit au sel et aux épices est l'étape d'assaisonnement du plat ; assaisonner au moment ne touche que la surface des cubes.
Le même problème, ailleurs sur le site :
Vous avez innové dans la manière de foirer cette recette ? Racontez-nous : on cherche avec vous ce qui s’est passé, et si on trouve, ça rejoint cette rubrique pour les suivants.
Comment : dans sa cocotte couverte, ou en parts filmées
Réchauffage : Une heure à 150 °C couverte, avec un peu de bouillon chaud ajouté par la cheminée.
Quatre jours au réfrigérateur et meilleure réchauffée, la gélatine ayant pris au froid et redonnant son moelleux à la chauffe. Elle se congèle cuite, en parts ou entière, et se réchauffe sans décongeler, deux heures à 150 °C.
Un tiers d'orignal, de chevreuil ou de lièvre à la place du bœuf : la version d'origine, et celle qui justifie la sarriette et le girofle.
Une pâte au mélange sans gluten et au saindoux tient, à condition de l'abaisser plus épaisse : elle est moins élastique et se fend sur six heures.
Répartie en cocottes individuelles, le temps tombe à trois heures : pratique pour un service, moins spectaculaire à l'ouverture.
Cent grammes de lard salé en lardons dans la garniture, à la place d'une partie du sel : c'est la version la plus ancienne, et la plus salée.
Des betteraves marinées, ou un ketchup aux fruits maison
Une bière rousse, ou un rouge charpenté sans bois

Les trois viandes passent la nuit avec vingt grammes de sel, les oignons et les épices. Le sel diffuse vers l'intérieur des cubes et l'eau cellulaire vers l'extérieur, ce qui assaisonne la viande en profondeur et non seulement en surface : sur une cuisson de six heures où plus rien ne se remue, c'est la seule occasion d'assaisonner le cœur des morceaux.
Le sel ou le sucre attirent l'eau hors des cellules : dégorger un concombre, saumurer une volaille.

Cinq à six heures à 120 °C, et c'est le collagène qui dicte cette durée. Épaule de porc, bœuf à mijoter et veau sont des muscles riches en tissu conjonctif : au-dessus de soixante-dix degrés et sur plusieurs heures, ce collagène s'hydrolyse en gélatine, qui donne à la fois le fondant de la viande et le liant du jus. Une tourtière cuite deux heures à feu vif aurait des cubes secs dans un bouillon clair.
La chaleur, l'acide ou le fouettage déplient les protéines et changent la texture (viande qui raffermit, poisson qui « cuit » au citron).

Une heure à 200 °C puis cinq à 120 °C : les deux températures font deux choses différentes. La première prend la croûte et porte le bouillon au frémissement ; la seconde maintient l'intérieur juste sous l'ébullition, assez pour hydrolyser le collagène, trop peu pour que la viande se contracte et expulse son eau.
Conduction, convection et rayonnement ne chauffent pas pareil : poêle, four, friture et vapeur donnent des résultats différents.

Mille deux cents grammes de pommes de terre en cubes dans le même volume que la viande : leur amidon gélatinise, se dissout partiellement dans le bouillon et l'épaissit tout seul. C'est pourquoi la recette ne contient ni farine de liaison ni roux et que le jus nappe quand même, et c'est aussi pourquoi les cubes doivent être de la taille de ceux de viande, pour qu'il en reste des morceaux.
Chauffé en milieu humide, l'amidon gonfle et épaissit : béchamel, crème pâtissière, risotto.

Deux cent cinquante grammes de saindoux froid sablé dans six cents grammes de farine : le saindoux est une graisse plus plastique que le beurre et il enrobe la farine en l'empêchant de s'hydrater, ce qui donne une croûte friable capable de tenir six heures au-dessus d'un bouillon sans se dissoudre. C'est la pâte du Lac-Saint-Jean et non une brisée.
Le gras enrobe, attendrit, isole le gluten (pâtes sablées) et transporte les arômes.

Une nuit au froid, viandes et épices mélangées, sans acide : ce n'est pas une marinade attendrissante mais un assaisonnement en profondeur.

Des cubes d'un centimètre et demi, et jamais du haché : la tourtière du Lac-Saint-Jean se reconnaît à ce qu'on distingue chaque morceau après six heures de four.

Saindoux froid et doigts rapides, puis juste assez d'eau glacée pour rassembler : la pâte ne se pétrit pas, elle se ramasse.

Les deux tiers de la pâte dans une cocotte en fonte profonde, remontés sur les bords : la croûte est un contenant autant qu'un couvercle, et elle doit atteindre le haut de la garniture.

Un œuf battu au pinceau sur le couvercle de pâte avant d'enfourner : sur six heures de cuisson couverte, c'est ce qui donne la couleur, le four seul ne le ferait pas.

Cinq à six heures à 120 °C, avec une vérification à mi-cuisson : le niveau de bouillon doit affleurer la garniture, et on en rajoute de chaud par la cheminée s'il a trop baissé.