
Kaiserschmarrn aux prunes rôties

Une crêpe épaisse aux blancs montés, déchirée à la spatule en pleine cuisson et caramélisée au sucre.
Le Kaiserschmarrn est viennois et son nom veut dire « le gâchis de l'Empereur ». Les légendes autour de François-Joseph sont nombreuses et probablement toutes fausses ; schmarrn désigne simplement, en dialecte autrichien, quelque chose de déchiré en morceaux, et par extension une bêtise. Sa texture tient entièrement aux blancs montés. L'appareil est une pâte à crêpe épaisse à laquelle on incorpore des blancs en neige, et ce sont les bulles d'air emprisonnées dans leur réseau de protéines dénaturées qui se dilatent à la chaleur et font gonfler la masse. Le mélange doit être fait à la maryse et en soulevant, parce qu'un appareil travaillé fait retomber les blancs ; une pâte dégonflée donne une crêpe plate et élastique, pas un Schmarrn. Le déchirement n'est pas un geste décoratif. En coupant la crêpe en morceaux en pleine cuisson, on multiplie les surfaces exposées à la poêle : chaque face coupée caramélise et chaque bord devient croustillant, alors qu'une crêpe entière n'a que deux faces. C'est là que se joue le contraste entre l'extérieur doré et l'intérieur mousseux. Le sucre est saupoudré sur les morceaux dans la poêle encore chaude, pas avant. Il fond, caramélise à environ 160 °C et forme un enrobage ; ajouté dès le début, il brûlerait bien avant que la pâte ne soit cuite. Les prunes rôties remplacent ici la compote de pruneaux, le Zwetschkenröster, qui est l'accompagnement canonique.
Difficulté: 2/5
Recette originale prévue pour 4 personnes · 1 244 g préparés, 311 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.
Étape 2 — Les prunes rôties se font la veille et se réchauffent dix minutes au four.
Étape 1 — Les raisins macèrent dans le rhum une nuit entière sans dommage, au contraire.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
Faire macérer les raisins secs dans le rhum.
Couper les prunes en deux, les poser sur une plaque avec 20 g de sucre et la cannelle, et les rôtir 20 minutes à 200 °C.
Battre les jaunes avec le lait, la farine et le sel jusqu'à obtenir une pâte lisse.
Monter les blancs en neige ferme et les incorporer à la maryse, en soulevant, sans faire retomber la masse.
C’est prêt quand : La pâte est aérienne et retombe en ruban épais, sans traînée blanche.
Faire mousser la moitié du beurre dans une grande poêle, y verser l'appareil avec les raisins égouttés, et cuire 4 minutes à feu moyen jusqu'à ce que le dessous soit doré.
C’est prêt quand : Le dessous est brun doré et la surface est encore tremblante.
Déchirer la crêpe en morceaux irréguliers à la spatule, ajouter le reste du beurre et le reste du sucre, et sauter 5 minutes pour que toutes les faces coupées caramélisent.
C’est prêt quand : Les morceaux ont des faces caramélisées et le sucre ne crisse plus dans la poêle.
Saupoudrer de sucre glace et servir brûlant avec les prunes rôties.
0 / 7 étapes terminées
Pourquoi : Les blancs sont retombés à l'incorporation ou la pâte a attendu (Stabilité des mousses)
Rattrapage : Rien ne le regonfle. Incorporer en soulevant et verser aussitôt dans la poêle chaude.
Pourquoi : La pâte a trop été travaillée au fouet (Réseau de gluten)
Rattrapage : Battre jusqu'au lisse et s'arrêter là : le gluten est l'ennemi ici.
Pourquoi : Poêle trop petite, donc masse trop épaisse (Coagulation de l'œuf)
Rattrapage : Déchirer plus tôt et prolonger le sauté à l'étape 6 : les morceaux finissent de cuire là.
Pourquoi : Feu trop vif à l'étape 6 (Caramélisation)
Rattrapage : Feu moyen et du beurre frais en même temps que le sucre : le beurre régule la température.
Le même problème, ailleurs sur le site :
Vous avez innové dans la manière de foirer cette recette ? Racontez-nous : on cherche avec vous ce qui s’est passé, et si on trouve, ça rejoint cette rubrique pour les suivants.
Comment : ne se garde pas
C'est un dessert qui se mange immédiatement : les morceaux ramollissent et le caramel se détrempe en moins d'une heure. Les prunes rôties, elles, se gardent trois jours au frais et se refont au four.
De l'Apfelmus à la place des prunes, qui est le service autrichien classique toute l'année.
Des myrtilles jetées sur la pâte dans la poêle, à l'étape 5, sans les mélanger : elles éclatent et marbrent les morceaux.
Un mélange sans gluten fonctionne bien ici, et même mieux qu'ailleurs : la tenue vient des blancs montés et non du réseau de gluten.
Un café viennois, ou un verre de Zwetschgenwasser, l'eau-de-vie de prune
Se mange seul, en plat de midi comme cela se fait en Autriche

Les blancs sont montés séparément et c'est tout le principe du Kaiserschmarrn : les bulles d'air piégées dans le réseau d'albumine se dilatent à la chaleur et soufflent la pâte. Une pâte à crêpes ordinaire, œufs entiers battus ensemble, donnerait une crêpe plate et élastique.
Incorporer de l'air en fouettant : blancs en neige, chantilly, sabayon ; le volume, c'est de l'air emprisonné.

Les blancs sont incorporés à la maryse en soulevant, et la pâte part dans la poêle aussitôt. La mousse se dégonfle en quelques minutes : chaque tour de spatule de trop et chaque minute d'attente coûtent du volume.
Protéines et sucres stabilisent les bulles d'air ; une trace de gras (jaune d'œuf) empêche les blancs de monter.

Quatre minutes à feu moyen suffisent à prendre le dessous : la masse est pleine d'œuf, qui coagule vite. Le dessus reste coulant à ce moment-là, et c'est normal, puisqu'il finira de cuire une fois déchiré en morceaux.
Les protéines de l'œuf figent entre 62 et 85 °C : c'est ce qui lie crèmes, flans et appareils à quiche, et ce qui granule si on surchauffe.

Le sucre est ajouté à l'étape 6, sur les morceaux déchirés et non dans la pâte, et c'est ce qui fait la recette. Les faces coupées sont humides et tendres, le sucre y fond et caramélise dans le beurre : chaque morceau gagne une croûte que la crêpe entière n'aurait jamais eue.
Décomposition des sucres à haute température (> 160 °C) qui produit couleur ambrée et arômes complexes.

Les jaunes, le lait et la farine sont battus juste jusqu'au lisse, pas davantage. Cent cinquante grammes de farine travaillée développent assez de gluten pour rendre la masse caoutchouteuse, ce qui est exactement le défaut que le mot Schmarrn, « bêtise », n'excuse pas.
Le pétrissage crée un réseau élastique qui retient les gaz de fermentation ; à l'inverse, trop travailler une pâte à tarte la rend dure.

Les raisins secs macèrent dans le rhum et s'y regonflent : secs, ils resteraient durs et tireraient l'humidité de la pâte autour d'eux.
Le sel ou le sucre attirent l'eau hors des cellules : dégorger un concombre, saumurer une volaille.

Ferme mais pas grainée : le bec d'oiseau doit tenir. Des blancs trop serrés se mélangent mal et laissent des îlots blancs dans la pâte.

Un tiers des blancs d'abord pour détendre la pâte, le reste en soulevant à la maryse, en tournant le saladier. On arrête dès qu'il n'y a plus de traînée blanche, même s'il reste des irrégularités.

Les raisins dans le rhum le temps que le reste se prépare, un quart d'heure suffit. Les égoutter avant de les verser, sinon l'alcool liquide détrempe la pâte.

Les prunes face coupée vers le haut, sucrées et cannellées, vingt minutes à 200 °C : elles doivent rendre leur jus et concentrer, pas se déliter.

Les morceaux déchirés sont sautés cinq minutes, retournés plusieurs fois, pour que toutes les faces coupées prennent la couleur. C'est là que le plat se fait.