
Nouilles à ramen fraîches au kansui

Les nouilles jaunes et fermes des ramen, dont la couleur et le mordant viennent d'une eau alcaline. À défaut de kansui, on la fabrique en cuisant du bicarbonate au four, ce qui le transforme en carbonate de sodium.
Le kansui est une solution de carbonates de sodium et de potassium qui porte le pH de la pâte entre 9 et 11, et ce seul paramètre explique tout ce qui distingue une nouille à ramen d'une nouille ordinaire. La texture d'abord. En milieu alcalin, les protéines du blé, gliadine et gluténine, changent de charge électrique et forment un maillage de ponts disulfure beaucoup plus dense. Ce réseau serré ralentit l'entrée de l'eau dans les granules d'amidon : la nouille garde son mordant plusieurs minutes dans un bouillon brûlant, là où une nouille neutre s'y amollit en une minute. C'est la raison d'être du kansui, et c'est pour cela qu'on ne peut pas le remplacer par rien. La couleur ensuite. Le blé contient des flavonoïdes du groupe des anthoxanthines, incolores à pH neutre. En milieu basique leur structure moléculaire se réarrange et elles absorbent dans le bleu : la pâte devient franchement jaune, sans qu'aucun œuf ni colorant n'y entre. Le pH élevé modifie aussi certains acides gras et développe l'odeur légèrement soufrée et terreuse qui signe les ramen. Faute de kansui, le bicarbonate de soude cuit au four fait l'affaire. Vers 150 °C, le bicarbonate de sodium se décompose en carbonate de sodium, en eau et en gaz carbonique : on perd environ un tiers du poids, et le pH d'une solution passe d'environ 8,3 à près de 11. Le carbonate obtenu est nettement plus caustique que le bicarbonate de départ : on le manipule avec des gants et on ne le goûte pas.
Difficulté: 4/5
Recette originale prévue pour 4 personnes · 628 g préparés, 157 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.
Étape 1 — Le carbonate de sodium se prépare d'avance et se garde des mois en bocal hermétique, étiqueté et hors de portée : une fournée sert pour dix recettes.
Étape 9 — Le vieillissement des nids de 24 à 48 heures au réfrigérateur améliore la nouille : c'est une avance qui rend le résultat meilleur, pas seulement plus commode.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
Étalez le bicarbonate de soude en couche fine sur une plaque garnie de papier cuisson et enfournez 1 heure à 150 °C. Il se décompose en carbonate de sodium, perd environ un tiers de son poids et devient nettement plus alcalin. Laissez refroidir, puis pesez 8 g du produit obtenu et manipulez-le avec des gants, sans le goûter.
Dissolvez entièrement les 8 g de carbonate de sodium et le sel dans l'eau froide. La solution doit être limpide : un grain non dissous fait une tache jaune vif et un trou dans la pâte.
C’est prêt quand : La solution alcaline est parfaitement limpide, sans aucun grain au fond.
Versez la solution sur la farine en filet, en remuant à la fourchette, jusqu'à obtenir des miettes humides. L'hydratation n'est que de 37 % : la pâte ne formera pas de boule à ce stade et ne doit surtout pas être corrigée à l'eau.
C’est prêt quand : La farine forme des miettes humides qui ne se rassemblent pas, ce qui est normal à 37 %.
Pressez les miettes en une masse compacte en les écrasant à la paume dans le saladier, puis sur le plan de travail. C'est un travail de force et la pâte reste rugueuse : 10 minutes suffisent, elle se lissera au laminage.
Enfermez la pâte dans un sac et laissez reposer 1 heure à température ambiante. Dans une pâte aussi sèche, l'eau met ce temps à se répartir, et une pâte laminée trop tôt se fend sur les bords.
Aplatissez la pâte au rouleau, puis passez-la au laminoir au cran le plus large. Pliez la bande en deux, repassez-la, et répétez huit à dix fois : ce laminage répété remplace le pétrissage et c'est lui qui donne enfin une surface lisse.
C’est prêt quand : Après huit à dix pliages, la bande a enfin une surface lisse et des bords nets.
Descendez d'un cran à chaque passage, sans replier, jusqu'à 1,5 mm pour des nouilles droites de style Tokyo, 1,2 mm pour des fines de style Hakata. Fleurez à la semoule entre les passages.
Coupez la bande au rouleau à nouilles ou au couteau en lanières de 2 mm. Secouez-les immédiatement dans de la semoule et roulez-les en petits nids : l'alcalin les rend très collantes et deux nouilles soudées cuisent comme une seule.
Laissez reposer les nids 1 heure au réfrigérateur dans une boîte fermée, ou jusqu'à 48 heures. Ce vieillissement répartit l'alcalin, accentue la couleur jaune et améliore nettement le mordant : des nouilles cuites tout de suite sont pâles et molles.
C’est prêt quand : Après vieillissement, les nids ont pris une couleur jaune franche qu'ils n'avaient pas en sortant du couteau.
Secouez chaque nid pour en ôter l'excès de semoule et plongez-les dans un grand volume d'eau bouillante non salée, en remuant les premières secondes. Comptez 60 à 90 secondes : elles finissent de cuire dans le bouillon, et une nouille cuite à point dans l'eau sera trop molle dans le bol.
C’est prêt quand : Les nouilles sont encore légèrement fermes au cœur : elles finiront de cuire dans le bouillon.
Égouttez énergiquement en secouant la passoire et servez immédiatement dans le bouillon brûlant. L'eau retenue entre les nouilles dilue le bouillon et c'est le défaut le plus fréquent d'un ramen maison.
0 / 11 étapes terminées
Pourquoi : Le vieillissement a été sauté, ou le bicarbonate n'a pas été transformé au four et son pouvoir alcalin est trop faible. (Acidité et pH)
Rattrapage : Faites toujours passer le bicarbonate une heure à 150 °C, pesez 8 g du produit obtenu, et laissez les nids au moins une heure au froid.
Pourquoi : Des grains de carbonate ne se sont pas dissous dans l'eau avant d'arriver sur la farine. (Solubilité des arômes)
Rattrapage : Remuez la solution jusqu'à limpidité complète, au besoin dans de l'eau tiède, avant de la verser en filet.
Pourquoi : L'alcalin rend la surface très collante et la semoule n'a pas été appliquée assez vite. (Réseau de gluten)
Rattrapage : Secouez les lanières dans la semoule dès la sortie du couteau, avant de former les nids, et non après.
Le même problème, ailleurs sur le site :
Vous avez innové dans la manière de foirer cette recette ? Racontez-nous : on cherche avec vous ce qui s’est passé, et si on trouve, ça rejoint cette rubrique pour les suivants.
Comment : boîte fermée, nids fleurés de semoule
Réchauffage : Les nids congelés se cuisent sans décongélation, en comptant 30 secondes de plus.
Le vieillissement de 24 à 48 heures au réfrigérateur n'est pas une conservation, c'est une étape de la recette : la couleur fonce et le mordant s'améliore nettement.
Le kansui du commerce, solution de carbonates de sodium et de potassium, remplace le bicarbonate transformé : comptez 10 g de solution pour 400 g de farine et retirez l'équivalent d'eau.
Froissez les lanières entre les mains avant de former les nids : l'ondulation accroche le bouillon et donne la nouille des ramen de style Sapporo.
Un bouillon tonkotsu, ou un shoyu plus clair pour des nouilles fines
Du chashu de porc, un œuf mollet mariné et de la ciboule
Une bière japonaise très sèche, ou un thé d'orge glacé

Le kansui porte la pâte à un pH de 9 à 11. En milieu alcalin, gliadine et gluténine changent de charge et forment un maillage de ponts disulfures beaucoup plus dense : c'est de là que viennent le mordant du ramen et sa résistance au bouillon brûlant.
L'acide raffermit les protéines, ralentit l'oxydation, équilibre le goût et active le bicarbonate.

La couleur jaune ne vient d'aucun œuf : les flavonoïdes du blé, incolores à pH neutre, se réarrangent en milieu basique et virent au jaune. C'est un indicateur coloré, et il dit que l'alcalin a bien pris.
Brunissement et arômes des aliments riches en protéines et sucres saisis à haute température (> 140 °C) : croûte du pain, viande saisie, oignons dorés.

Le maillage alcalin ralentit l'absorption d'eau par l'amidon : la nouille tient dans un bouillon à 90 °C pendant qu'on la mange, ce qu'aucune pâte neutre ne fait.
Chauffé en milieu humide, l'amidon gonfle et épaissit : béchamel, crème pâtissière, risotto.

Le laminage répété, huit à dix fois pliée en deux, remplace ici le pétrissage : à 37 % d'hydratation, aucune main ne lisse cette pâte, seuls les rouleaux y parviennent.
Le pétrissage crée un réseau élastique qui retient les gaz de fermentation ; à l'inverse, trop travailler une pâte à tarte la rend dure.
Une heure à 150 °C transforme le bicarbonate de soude en carbonate de sodium : il perd environ un tiers de son poids et devient nettement plus alcalin.

Dix minutes de force à la paume suffisent : la pâte reste rugueuse et c'est attendu, elle se lissera au laminoir.

Une heure après le pétrissage pour répartir l'eau, puis une heure à quarante-huit au froid une fois les nids formés : ce second vieillissement est ce qui accentue la couleur et le mordant.

Huit à dix passages pliés en deux au cran le plus large, puis un cran par passage sans replier, jusqu'à 1,5 mm pour du Tokyo ou 1,2 mm pour du Hakata.