
Dublin coddle (ragoût irlandais de saucisses, de lard et de pommes de terre)

Rien n'est doré, rien n'est saisi : tout est pâle et c'est voulu. Des saucisses, du lard, des oignons et des pommes de terre, deux heures au four.
Le coddle est le plat de Dublin, et de Dublin seulement. Le verbe to coddle veut dire cuire doucement dans un liquide juste en dessous de l'ébullition, et le nom du plat est donc une méthode. Il se faisait le jeudi soir, avec les restes de la semaine, avant le jeûne du vendredi. Sa particularité désarçonne : on ne fait colorer absolument rien. Pas de saucisse saisie, pas de lardon roussi, pas de fond de cocotte déglacé. Le résultat est pâle, et les Dublinois défendent cette pâleur comme une identité. Il y a une logique derrière : la réaction de Maillard produit des composés très dominants, et un coddle doré aurait le goût d'un ragoût ordinaire ; sans elle, ce qu'on goûte est le porc, l'oignon et la pomme de terre, chacun pour lui. La cuisson longue et douce fait le travail que la coloration ne fait pas. Deux heures entre 80 et 90 °C hydrolysent le collagène des saucisses et du lard en gélatine, qui donne au bouillon un corps légèrement gras ; les pommes de terre libèrent leur amidon et l'épaississent ; et les oignons, cuits aussi longtemps, finissent translucides et sucrés par dégradation enzymatique de leurs fructosanes. Rien de tout cela n'exige de brunir. La bière brune est une addition moderne et facultative, et beaucoup de Dublinois la refusent. L'eau ou un bouillon clair est la version d'origine.
Difficulté: 1/5
Recette originale prévue pour 4 personnes · 4 013 g préparés, 1 003 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 6 sur 6.
Étape 5 — Le plat entier se fait la veille et gagne à attendre. C'est sa forme normale plutôt qu'un pis-aller.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
Ne rien faire dorer : c'est la règle du plat. Couper la poitrine en gros lardons et laisser les saucisses entières.
Éplucher les pommes de terre et les couper en gros morceaux, émincer les oignons en rondelles épaisses et tailler les carottes en tronçons.
Ranger en couches dans une cocotte : oignons, lard, saucisses, carottes, pommes de terre, en poivrant généreusement entre chaque et en salant peu, le lard étant déjà salé.
C’est prêt quand : Les couches sont bien distinctes et les pommes de terre forment le dernier étage.
Mouiller à hauteur avec le bouillon et la bière si on en met, ajouter le laurier et la moitié du persil.
C’est prêt quand : Le liquide affleure sans recouvrir les pommes de terre du dessus.
Couvrir et cuire 2 heures à 150 °C, sans jamais remuer : le liquide doit à peine frémir.
C’est prêt quand : Une pointe de couteau traverse une pomme de terre du fond sans résistance, et le bouillon a légèrement épaissi sans être trouble.
Parsemer du reste de persil et servir avec du pain de soude et du beurre.
0 / 6 étapes terminées
Pourquoi : Trop de liquide, ou un bouillon de légumes sans goût
Rattrapage : Découvrir la cocotte et poursuivre vingt minutes au four pour réduire. Mouiller à hauteur et pas davantage la prochaine fois.
Pourquoi : Il a été salé en plus du lard et des saucisses (Rôle du sel)
Rattrapage : Ajouter deux pommes de terre crues coupées et vingt minutes de cuisson : elles absorbent une partie du sel.
Pourquoi : La cocotte a été remuée, ou la variété est trop farineuse (Gélatinisation de l'amidon)
Rattrapage : Des pommes de terre à chair ferme la prochaine fois, et aucune cuillère pendant deux heures.
Le même problème, ailleurs sur le site :
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Comment : boîte hermétique
Réchauffage : Quarante minutes à 150 °C, couvert, ou à feu très doux sans remuer.
Il est franchement meilleur réchauffé, ce qui est l'usage : un coddle se fait le jeudi et se mange aussi le vendredi. Les pommes de terre supportent mal la congélation et deviennent granuleuses.
Tout bouillon et pas de stout, ce qui est la version la plus ancienne et la plus douce. Beaucoup la tiennent pour la seule vraie.
Deux points à vérifier : la stout, qui est faite d'orge, et les saucisses, souvent liées à la chapelure. Un bouillon seul et des saucisses pures porc règlent les deux.
Une stout, la même que celle du plat si l'on en a mis
Du pain de soude et du beurre salé, qui font partie du plat plus qu'ils ne l'accompagnent

La première étape dit de ne rien faire dorer, et c'est le principe du plat par son absence. Un coddle est pâle par définition : la saveur vient du gras du lard et des saucisses qui fond lentement dans le bouillon, et non d'une croûte. Faire revenir les saucisses donne un bon ragoût, mais ce n'est plus un coddle.
Brunissement et arômes des aliments riches en protéines et sucres saisis à haute température (> 140 °C) : croûte du pain, viande saisie, oignons dorés.

L'amidon des pommes de terre passe dans le liquide et l'épaissit tout seul : c'est pourquoi il n'y a ni farine ni roux. Celles du dessus, à peine couvertes, se défont davantage et font la liaison, celles du fond tiennent.
Chauffé en milieu humide, l'amidon gonfle et épaissit : béchamel, crème pâtissière, risotto.

Les couches ne sont pas décoratives : les oignons au fond fondent dans le gras du lard posé dessus, les pommes de terre au-dessus cuisent à la vapeur du bouillon. Chaque étage reçoit exactement la chaleur et l'humidité qui lui conviennent.
Conduction, convection et rayonnement ne chauffent pas pareil : poêle, four, friture et vapeur donnent des résultats différents.

On sale peu et on poivre beaucoup. Le lard et les saucisses relâchent leur sel dans le bouillon pendant deux heures, et un plat salé au départ devient immangeable à l'arrivée.
Le sel assaisonne, extrait l'eau, renforce le gluten, ralentit la fermentation et rehausse les arômes.

Deux heures sans remuer, ce qui est contre-intuitif pour un ragoût. Remuer casserait les pommes de terre et troublerait le bouillon, qui doit rester clair : le coddle n'est pas une purée.
Les molécules d'arôme migrent du milieu concentré vers le dilué : marinades, thé, bouillons, épices dans une sauce.

Oignons en rondelles épaisses, un centimètre : finement émincés ils disparaîtraient en deux heures, et on veut les retrouver.

À couvert, 150 °C, deux heures. Le four plutôt que la plaque, parce que la chaleur vient de tous les côtés et que rien n'accroche au fond d'une cocotte qu'on ne remue jamais.

Le persil en deux fois : la moitié dans le bouillon, où il infuse, l'autre moitié crue à la fin, où elle se sent.