Sauce mala (huile pimentée au poivre de Sichuan)

Sauce mala (huile pimentée au poivre de Sichuan)

sauce
🗓️Toute saison

L'huile rouge du Sichuan, infusée d'aromates puis versée brûlante sur le piment moulu, avec le poivre de Sichuan ajouté à froid en toute fin. C'est la base commune des nouilles dan dan et des nouilles de Yibin : une préparation qui se garde un mois et rend deux plats en dix minutes.

L'histoire de la recette

Mala veut dire « engourdissant et piquant », et l'ordre des deux mots est l'ordre dans lequel la bouche les reçoit : le ma du poivre de Sichuan arrive d'abord, une vibration autour de 50 hertz que les neurologues ont mesurée en 2013 sur des volontaires de l'University College de Londres, puis le la du piment, qui est une brûlure. Les deux ne sont pas dans la même famille de sensation, ce qui explique qu'ils ne s'annulent pas. La cuisine du Sichuan tient beaucoup à ce que ces deux temps restent distincts, et c'est pourquoi le poivre de Sichuan n'est pas frit avec le reste : chauffé au-delà de 80 °C, l'hydroxy-alpha-sanshool qui porte l'engourdissement se dégrade, et l'huile ne garde que l'amertume du péricarpe. Le geste qui sépare une bonne huile mala d'une huile pimentée ordinaire tient donc à une seule chose : le poivre est moulu et incorporé une fois l'huile revenue à température.

6 personnes

2h45

Difficulté: 2/5

Ingrédients

⚠️ Allergènes :

⚠️ arachide
🌾 gluten
🥯 sésame
🫘 soja

Ajuster les portions

6

Recette originale prévue pour 6 personnes · 399 g préparés, 67 g par personne

Ustensiles nécessaires

Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.

Nutrition, glycémie, carbone & prix

Chronogramme

Total : 2h42
Actif : 18 min
Attente : 2h24
Réalisation
18 min
2h
0 min41 min1h212h022h42
Découpe
Préparation
Mélange
Mijotage, cuisson douce
Attente (repos, trempage)

⏳ Préparer à l’avance

Plusieurs jours avant

C'est une réserve, pas une recette du jour : faite le dimanche, elle sert quatre plats dans le mois.

Juste avant de servir

Étape 6 Si vous voulez une huile qui vibre vraiment, gardez la moitié du poivre pour le moudre au moment de servir le plat qui l'utilise.

Préparation de la recette

Instructions détaillées

Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés

Piment rouge en poudre
15 g de piment rouge en poudre
Sésame
15 g de sésame
Sel
4 g de sel
Sucre en poudre
6 g de sucre en poudre

Réunissez le piment en poudre, le sésame, le sel et le sucre dans un bol en verre ou en inox, jamais en plastique : il va recevoir de l'huile à 140 °C. Mélangez et réservez à côté du feu.

📋
Gingembre frais
12,5 g de gingembre frais
Ail
1,5 gousse de ail
Échalote
0,5 Échalote

Émincez le gingembre en fines lamelles sans le peler, écrasez les gousses d'ail du plat du couteau et coupez l'échalote en rondelles. Les morceaux restent gros : ils sont là pour parfumer l'huile et seront retirés.

Technique :
Tailler en julienne
🔥
Huile d'arachide
25 cL de huile d'arachide
Gingembre frais
12,5 g de gingembre frais
Ail
1,5 gousse de ail
Échalote
0,5 Échalote
Badiane
4 g de badiane
Bâton de cannelle
Bâton de cannelle
Laurier
2 feuille de laurier

Faites chauffer l'huile d'arachide à 130 °C avec le gingembre, l'ail, l'échalote, la badiane, le bâton de cannelle et le laurier. Laissez infuser à cette température, sans jamais fumer, jusqu'à ce que l'échalote soit blonde et l'huile parfumée.

Technique :
Infuser

C’est prêt quand : L'échalote est blonde et non brune, l'huile sent la badiane et la cannelle, et rien ne grésille fort : le frémissement est à peine visible.

🔥
Doubanjiang (pâte de fèves pimentée)
30 g de doubanjiang (pâte de fèves pimentée)

Ajoutez le doubanjiang et laissez-le fondre dans l'huile à 120 °C en remuant : la pâte doit se défaire et l'huile prendre une couleur brique. C'est elle qui donne à la sauce son fond salé et fermenté, pas le piment.

C’est prêt quand : L'huile a viré à la couleur brique et la pâte s'est entièrement défaite : il ne reste pas de grumeau de doubanjiang au fond.

🥄
Piment rouge en poudre
15 g de piment rouge en poudre

Filtrez l'huile à la passoire fine, remontez-la à 140 °C et versez-la sur le mélange de piment en trois fois, en remuant entre chaque. En trois fois et pas en une : la première brûle légèrement le piment et donne la couleur, les deux suivantes l'extraient sans le carboniser.

Technique :
Filtrer / passer au chinois

C’est prêt quand : Le piment mousse et chuinte au premier versement sans noircir, et l'ensemble prend une couleur rouge profond, pas brune.

👨‍🍳
Poivre de Sichuan
12 g de poivre de sichuan

Attendez que l'huile redescende sous 60 °C, moulez alors le poivre de Sichuan au mortier et incorporez-le. C'est le seul moment où il entre : au-delà de 80 °C, la molécule qui fait fourmiller la langue se dégrade et il ne reste que l'amertume.

Technique :
Piler au pilon

Laissez reposer deux heures à couvert avant le premier usage. Le dépôt de piment tombe au fond et l'huile claire remonte : on prend l'un, l'autre ou les deux selon ce qu'on veut.

Progression

0 / 7 étapes terminées

Ça n’a pas marché ?

Pourquoi : Elle a dépassé 180 °C au moment du versement, ou le piment était en poudre trop fine. (Point de fumée)

Rattrapage : Thermomètre à 140 °C, versement en trois fois, flocons grossiers. Une huile brûlée ne se rattrape pas : elle se refait.

Pourquoi : Le poivre de Sichuan est entré dans l'huile chaude, ou il est vieux d'un an. (Solubilité des arômes)

Rattrapage : Sous 60 °C, moulu à la minute, et achetez-le en grains entiers : moulu, il perd son sanshool en quelques mois.

Pourquoi : Infusion trop courte ou température trop basse : sous 100 °C, l'extraction est très lente. (Diffusion et infusion)

Rattrapage : 130 °C tenus quinze bonnes minutes, jusqu'à ce que l'échalote soit franchement blonde.

Pourquoi : Le doubanjiang est déjà très salé et le sel de l'étape 1 s'y ajoute. (Rôle du sel)

Rattrapage : Salez les plats après avoir dosé la sauce mala, jamais avant.

Le même problème, ailleurs sur le site :

Vous avez innové dans la manière de foirer cette recette ? Racontez-nous : on cherche avec vous ce qui s’est passé, et si on trouve, ça rejoint cette rubrique pour les suivants.

Après la recette

🥡 Conservation et réchauffage

❄️ Au frigo : 30 jours

Comment : bocal en verre hermétique, l'huile couvrant bien le dépôt

Réchauffage : aucun : sortir vingt minutes avant pour que l'huile redevienne fluide

Un mois au réfrigérateur, et elle est meilleure après trois jours qu'au premier. Ce qui l'abîme n'est pas le temps mais l'eau : une cuillère humide plongée dans le bocal y introduit de quoi moisir. À température ambiante, comptez plutôt deux semaines.

🔄 Variantes

Sans doubanjiang

30 g de miso brun et une cuillerée de sauce soja à la place : moins fermentée, moins profonde, mais l'équilibre tient.

Version vegan
Vegan

La recette l'est déjà telle quelle. Vérifiez seulement l'étiquette du doubanjiang, certains industriels y ajoutent des exhausteurs d'origine animale.

Plus douce, à l'huile claire

Filtrez la totalité après repos et jetez le dépôt : il reste une huile parfumée et colorée, deux fois moins forte, parfaite pour les légumes.

🍽️ Avec quoi le servir

🥗 Accompagnement

Un concombre écrasé au sel et à l'ail, arrosé d'une cuillerée d'huile claire

Pour aller plus loin

🧪 La chimie et la physique de la recette

Diffusion et infusion
Physique

Tout le travail est là : les aromates de l'étape 3 ne cuisent pas, ils cèdent leurs molécules parfumées à l'huile. Comme ces molécules sont liposolubles, l'huile les extrait bien mieux que l'eau ne le ferait, et les garde.

Les molécules d'arôme migrent du milieu concentré vers le dilué : marinades, thé, bouillons, épices dans une sauce.

Point de fumée
Chimie

L'huile d'arachide fume vers 230 °C. On travaille cent degrés en dessous parce qu'au-delà de 180 °C le piment ne colore plus, il carbonise : l'huile devient brune et amère au lieu de rouge et fruitée.

Température à laquelle une matière grasse se dégrade et fume : chaque huile a sa cuisson.

Solubilité des arômes
Chimie

Le sanshool du poivre de Sichuan, la molécule qui fait vibrer la langue, se dégrade à la chaleur. C'est la raison unique de l'étape 6 : il entre sous 60 °C, hors du feu, et jamais avant.

Certains arômes se dissolvent dans le gras, d'autres dans l'eau ou l'alcool : d'où l'intérêt de faire revenir les épices ou de flamber.

Transferts de chaleur
Physique

L'huile versée en trois fois sur le piment, et non d'un coup : chaque versement chauffe moins la masse que le précédent, ce qui donne trois niveaux d'extraction au lieu d'un seul choc qui brûlerait la couche du dessus.

Conduction, convection et rayonnement ne chauffent pas pareil : poêle, four, friture et vapeur donnent des résultats différents.

🔪 Les techniques utilisées

Tailler en julienne

Le gingembre en lamelles épaisses, non pelé : elles infusent puis sont retirées.

Infuser

Aromates entiers dans l'huile à 130 °C, jusqu'à ce que l'échalote blondisse.

Filtrer / passer au chinois

L'huile passée à la passoire fine avant d'être remontée en température.

Piler au pilon

Le poivre de Sichuan moulu à la minute, au mortier, hors du feu.

💡 Conseils supplémentaires

  • « Mala » ne veut pas dire « pimenté » : « ma » est l'engourdissement du poivre de Sichuan, « la » est la brûlure du piment. Une huile qui ne fait que brûler a raté la moitié de son nom.
  • Le bol qui reçoit l'huile brûlante est en verre épais ou en inox. Un bol en plastique fond, et un bol en verre fin peut casser net.
  • Le thermomètre n'est pas un luxe ici : entre 130 °C et 180 °C, l'oeil ne fait pas la différence et le résultat, si.
  • Prenez le piment en flocons grossiers plutôt qu'en poudre fine si vous en trouvez : la poudre brûle en quelques secondes à 140 °C.
  • Après repos, la sauce a deux vies : l'huile claire du dessus pour laquer et assaisonner, le dépôt du fond pour les nouilles. Remuez ou non selon ce que vous cherchez.

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