
Bouillon d'awara (le plat de Pâques guyanais)

Le grand plat de Pâques de la Guyane : une pâte de fruit d'awara réduite pendant des heures, dans laquelle viennent cuire de la morue dessalée, du porc, du poulet, des crevettes et une pleine cocotte de légumes. Une version d'une journée, dessalage de la veille compris, là où la tradition en compte deux ou trois.
L'awara est le fruit d'un palmier guyanais, Astrocaryum vulgare, dont la pulpe orange est pressée en une pâte épaisse et grasse, très chargée en caroténoïdes, qui donne au plat sa couleur de brique et son goût impossible à comparer à autre chose. Le bouillon se mange à Pâques, il se cuisine en famille sur plusieurs jours, et il se réchauffe chaque matin, ce qui n'est pas une fantaisie : la pâte d'awara est fibreuse et il faut des heures de réduction pour qu'elle rende son huile et devienne onctueuse. Tout le reste du plat est un inventaire de la Guyane elle-même. La morue salée vient du commerce atlantique, le porc fumé des habitations, le poulet et les légumes du jardin, les crevettes du littoral. Une phrase circule dans toute la région : qui mange le bouillon d'awara reviendra en Guyane. Elle dit surtout que personne ne le prépare pour une seule personne.
Difficulté: 4/5
Recette originale prévue pour 8 personnes · 4 761 g préparés, 595 g par personne
⚠️ Allergènes :
Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 5 sur 5.
Étape 1 — Le dessalage de la morue se fait obligatoirement la veille, douze heures au réfrigérateur.
Étape 3 — La réduction de la pâte d'awara peut se faire la veille et attendre au frais dans la cocotte.
Étape 7 — Le plat entier, crevettes exceptées, se refait chauffer trois jours de suite en s'améliorant.
Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés
La veille, mettez la morue à dessaler dans un grand volume d'eau froide au réfrigérateur, peau vers le haut, en changeant l'eau trois fois. Comptez douze heures : une morue insuffisamment dessalée rend tout le bouillon immangeable.
Délayez la pâte d'awara dans un litre et demi d'eau chaude dans une très grande cocotte, en écrasant les morceaux à la cuillère jusqu'à obtenir une soupe épaisse et homogène.
Portez à frémissement et laissez réduire trois heures à découvert, à feu très doux, en remuant toutes les vingt minutes et en raclant le fond. La pâte doit foncer, épaissir, et laisser remonter une huile orange en surface : c'est le signe qu'elle est prête à recevoir les viandes.
C’est prêt quand : La pâte est brun-orangé foncé, opaque, et une pellicule d'huile orange s'est rassemblée en surface.
Pendant ce temps, coupez la poitrine de porc en gros cubes et faites-la revenir à sec dans une poêle jusqu'à ce qu'elle soit dorée sur toutes les faces. Réservez le gras rendu, il repartira dans la cocotte.
Émincez les oignons, hachez l'ail, coupez le chou en larges quartiers, l'aubergine et le concombre en gros tronçons, et équeutez les haricots verts.
Ajoutez dans la cocotte le porc, les cuisses de poulet, les oignons, l'ail, le thym, le piment entier non percé et le sel. Laissez mijoter deux heures à couvert, en remuant de temps en temps.
C’est prêt quand : Le poulet se détache de l'os quand on le pousse à la cuillère.
Égouttez la morue dessalée, détaillez-la en gros morceaux et ajoutez-la avec le chou, les haricots verts, l'aubergine et le concombre. Poursuivez quarante-cinq minutes : les légumes doivent être tendres sans se défaire.
C’est prêt quand : Le chou est tendre sous la pointe du couteau mais tient encore en quartiers.
Ajoutez les crevettes décortiquées et laissez encore cinq minutes, pas davantage. Retirez le piment avant de servir, sauf si vous voulez l'écraser dans le bouillon. Servez avec du riz blanc.
0 / 8 étapes terminées
Pourquoi : Morue insuffisamment dessalée. (Osmose)
Rattrapage : Ajoutez de l'eau chaude, deux pommes de terre en gros morceaux et quarante minutes de cuisson. Elles absorbent une partie du sel, mais le plat sera dilué : le dessalage ne se rattrape pas vraiment.
Pourquoi : La pâte n'a pas assez réduit. (Réduction et concentration)
Rattrapage : Découvrez et poursuivez à feu doux jusqu'à ce que l'huile orange remonte. Comptez le temps qui manque, pas celui qui reste.
Pourquoi : La pâte a accroché au fond pendant la réduction. (Réduction et concentration)
Rattrapage : Transvasez immédiatement dans une autre cocotte sans racler le fond. Ce qui est déjà passé dans le bouillon, en revanche, y reste.
Pourquoi : Elles sont entrées trop tôt, ou ont cuit plus de cinq minutes. (Dénaturation des protéines)
Rattrapage : Rien, cette fois. La prochaine, coupez le feu avant de les ajouter : la chaleur du bouillon suffit.
Le même problème, ailleurs sur le site :
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Comment : en cocotte fermée ou en grande boîte, le tout couvert de bouillon
Réchauffage : vingt minutes à feu doux à couvert, en remuant ; ajoutez un verre d'eau si la sauce a trop épaissi
C'est un plat qui gagne franchement à attendre, et la tradition le remet sur le feu plusieurs jours de suite. Il se congèle trois mois, mais les crevettes en ressortent moins bonnes : ajoutez-les à la décongélation plutôt qu'avant.
La version traditionnelle : le plat est remis sur le feu chaque matin du vendredi saint au dimanche de Pâques, les viandes ajoutées au fur et à mesure. Il n'est jamais aussi bon que le troisième jour.
Du boudin créole, du poulet fumé et des queues de porc salées remplacent une partie des viandes fraîches, comme cela se fait dans beaucoup de familles.
Uniquement viandes et crevettes, pour qui ne veut pas du poisson salé. Salez alors le bouillon franchement, puisque la morue ne le fera plus.
Un rouge souple et frais, gamay ou cinsault, servi autour de 14 °C

Le dessalage de la morue est une affaire de gradient : le sel sort tant que l'eau autour est moins salée que la chair. Changer l'eau trois fois relance chaque fois le mouvement ; la laisser stagner l'arrête à mi-chemin.
Le sel ou le sucre attirent l'eau hors des cellules : dégorger un concombre, saumurer une volaille.

Les trois heures de réduction de la pâte d'awara ne sont pas une cuisson mais une concentration. Le brun-orangé foncé, l'opacité et l'huile qui remonte en surface sont les trois signes qu'elle est arrivée.
L'évaporation de l'eau concentre les saveurs et épaissit sauces, jus et confitures.

Chaque viande entre à son heure et donne au bouillon quelque chose de différent : le porc son gras, le poulet sa gélatine, la morue son sel, les crevettes leur parfum. L'ordre d'entrée est la recette.
Les molécules d'arôme migrent du milieu concentré vers le dilué : marinades, thé, bouillons, épices dans une sauce.

Les crevettes cuisent en cinq minutes et deviennent caoutchouteuses en dix. Elles arrivent en dernier, quand le feu est presque coupé, et c'est le seul moment du plat où l'on compte à la minute.
La chaleur, l'acide ou le fouettage déplient les protéines et changent la texture (viande qui raffermit, poisson qui « cuit » au citron).

Trois heures pour la pâte, deux pour les viandes, quarante-cinq minutes pour les légumes : le bouillon d'awara est une longue suite de frémissements.

La poitrine de porc dorée à sec dans une poêle avant d'entrer dans la cocotte, avec son gras rendu.

Oignons émincés, chou en larges quartiers, aubergine et concombre en gros tronçons qui tiendront quarante-cinq minutes.

Raclez le fond toutes les vingt minutes pendant la réduction : la pâte accroche et brûle sans prévenir.

Goûtez après l'entrée de la morue et pas avant : c'est elle qui apporte l'essentiel du sel.
peut mal tourner en :
Trempage (pain trempé à la morue, à la mode martiniquaise)
mêmes ingrédients : morue salée, piment antillais (bonnet écossais), thymFricassée de poulet au citron vert à l'antillaise
mêmes ingrédients : piment antillais (bonnet écossais), cuisse de poulet, thymDombrés aux crevettes (boulettes de farine mijotées à la créole)
mêmes ingrédients : piment antillais (bonnet écossais), crevettes, thymChou farci auvergnat
mêmes ingrédients : chou vert, poitrine de porc, thymPotée auvergnate
mêmes ingrédients : chou vert, poitrine de porc, thymAïoli garni
mêmes ingrédients : morue salée, haricots vertsCivet de zourite (poulpe réunionnais au vin rouge)
cuisine créole · mêmes gestes : saisir, mijoterColombo de porc
cuisine créole · mêmes gestes : saisir, mijoterFricassée de cabri à la guyanaise
cuisine créole · mêmes gestes : saisir, mijoterMatoutou de crabe (crabes mijotés au riz créole)
cuisine créole · mêmes gestes : saisir, mijoterPetit salé aux lentilles
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cuisine créole · mêmes gestes : mijoter, assaisonner et goûter