Homard à l'armoricaine

Homard à l'armoricaine

plat
🌸Printemps
☀️Été

Le homard bleu tronçonné, saisi dans sa carapace, flambé au cognac et mijoté dans une sauce tomate, échalote et estragon, liée au corail et au beurre. Un plat de fête, dont la sauce vaut à elle seule le prix du homard.

L'histoire de la recette

Armoricaine ou américaine ? La légende attribue le plat au chef sétois Pierre Fraysse, qui l'aurait créé à Paris vers 1860 pour des clients pressés et l'aurait baptisé « à l'américaine » en souvenir de ses années à Chicago. Les Bretons répondent que la sauce est à base de tomates, d'échalotes et de cognac, et que le homard bleu est celui de leurs côtes : d'où « armoricaine », du nom antique de la Bretagne. Les deux ont raison. La leçon de la recette est la liaison au corail : les parties crémeuses et le corail du homard (ses œufs, gris-vert crus) sont riches en protéines et en lipides ; ajoutés à la sauce hors du feu, avec du beurre, ils coagulent doucement et l'épaississent tout en la colorant en rouge orangé. Si la sauce bout après cette liaison, les protéines se resserrent et la sauce tranche. Le homard breton est en saison d'avril à septembre ; un homard canadien surgelé fera un plat honnête, mais la chair est moins ferme.

4 personnes

1h

Difficulté: 4/5

Ingrédients

⚠️ Allergènes :

🥬 céleri
🦐 crustacés
🥛 lait
🐟 poissons
🍷 sulfites

Ajuster les portions

4

Recette originale prévue pour 4 personnes · 2 536 g préparés, 634 g par personne

Ustensiles nécessaires

Cochez ce que vous possédez déjà — il vous en manque 8 sur 8.

Nutrition, carbone & prix

⏳ Préparer à l’avance

Quelques heures avant

Étape 4 La base de sauce (échalotes, tomates, vin blanc, fumet) se prépare quelques heures à l'avance et attend hors du feu : il ne reste qu'à saisir le homard et à finir en 20 minutes.

Quelques heures avant

Étape 7 Le beurre de corail se prépare en même temps que le découpage et se garde couvert au réfrigérateur : sortez-le 15 minutes avant de le monter dans la sauce.

Préparation de la recette

Instructions détaillées

Cliquez sur chaque étape pour voir les ingrédients concernés

Homard
2 Homard

Posez chaque homard à plat sur la planche et tuez-le d'un coup de couteau net planté entre les yeux, dans l'axe de la tête. Détachez les pinces, tronçonnez la queue aux jointures en médaillons, fendez la tête en deux dans la longueur et récupérez à la cuillère le corail (gris-vert) et les parties crémeuses dans un bol. Jetez la poche à gravier située derrière les yeux.

🔥
Huile d'olive
3 cL de huile d'olive
Beurre demi-sel
60 g de beurre demi-sel

Faites chauffer l'huile d'olive et 20 g de beurre demi-sel dans une grande sauteuse à feu vif, et saisissez les tronçons de homard 3 minutes en les retournant, jusqu'à ce que la carapace soit rouge vif de tous les côtés.

Technique :
Saisir

C’est prêt quand : La carapace est rouge vif sur toutes les faces et le fond de la sauteuse est couvert de sucs bruns collés, sans noir.

🔥
Cognac
5 cL de cognac

Versez le cognac et flambez en approchant une flamme, en restant à distance et hotte éteinte. Laissez les flammes s'éteindre d'elles-mêmes.

Technique :
Flamber
🔥
Echalote
3 Echalote
Oignon
Oignon
Ail
2 gousse de ail
Tomate
4 Tomate
Concentré de tomates
20 g de concentré de tomates
Vin blanc
20 cL de vin blanc
Fumet de poisson
10 g de fumet de poisson
Eau
20 cL de eau
Estragon
5 g de estragon
Piment d'espelette
1 g de piment d'espelette

Baissez le feu, ajoutez les échalotes, l'oignon et l'ail ciselés et faites-les fondre 3 minutes. Ajoutez les tomates concassées, le concentré, le vin blanc, le fumet de poisson délayé dans l'eau, la moitié de l'estragon et le piment d'Espelette.

🍲

Couvrez et laissez mijoter 12 minutes à petit frémissement : la chair du homard devient opaque et blanche, et se détache de la carapace.

C’est prêt quand : La chair est blanche et opaque jusqu'au centre du médaillon, et se détache de la carapace quand on tire dessus.

🔥

Retirez les morceaux de homard avec une pince et gardez-les au chaud sous une feuille d'aluminium. Faites réduire la sauce d'un tiers à feu vif, 6 à 8 minutes, jusqu'à ce qu'elle nappe la cuillère.

Technique :
Saisir
Réduire

C’est prêt quand : La sauce nappe le dos de la cuillère et un doigt y laisse une trace nette qui ne se referme pas.

🥄
Crème fraîche
60 g de crème fraîche
Sel
4 g de sel
Poivre
1 g de poivre

Écrasez le corail et les parties crémeuses avec les 40 g de beurre restants à la fourchette. Hors du feu, incorporez ce beurre à la sauce en fouettant : elle s'épaissit et vire à l'orangé. Ajoutez la crème fraîche, salez, poivrez. Ne faites plus bouillir.

C’est prêt quand : La sauce a viré du rouge au orangé, elle est brillante et sensiblement plus épaisse.

📋
Persil
4 branche de persil

Remettez le homard dans la sauce le temps de le réchauffer 1 minute, parsemez du reste d'estragon et du persil ciselés, et servez avec du riz.

Progression

0 / 8 étapes terminées

Ça n’a pas marché ?

Pourquoi : Le beurre de corail a été ajouté sur le feu ou la sauce a rebouilli après : les protéines du corail ont coagulé au lieu d'émulsionner. (Émulsion)

Rattrapage : Retirez la sauteuse du feu avant d'incorporer, et ne la remettez jamais à bouillir. Une sauce déjà granuleuse se rattrape en partie au mixeur plongeant, la brillance ne revient pas.

Pourquoi : Surcuisson : le homard a mijoté trop longtemps, ou il est resté dans la sauteuse pendant la réduction. (Dénaturation des protéines)

Rattrapage : 12 minutes de mijotage suffisent, et le homard sort avant de faire réduire la sauce. Il ne revient que pour se réchauffer une minute, hors ébullition.

Pourquoi : Le vin blanc et les tomates n'ont pas assez réduit, ou le cognac ne s'est pas consumé. (Réduction et concentration)

Rattrapage : Prolongez la réduction de 3 à 4 minutes et goûtez : une pointe de sucre ou une noix de beurre supplémentaire arrondit l'acidité des tomates.

Pourquoi : Feu trop vif ou beurre seul : les protéines du lait ont brûlé avant que la carapace ne colore. (Point de fumée)

Rattrapage : Mélangez toujours huile et beurre pour saisir, et déglacez dès que les sucs sont bruns. Des sucs noirs rendraient la sauce amère : mieux vaut recommencer le fond dans une sauteuse propre.

Vous avez innové dans la manière de foirer cette recette ? Racontez-nous : on cherche avec vous ce qui s’est passé, et si on trouve, ça rejoint cette rubrique pour les suivants.

Après la recette

🥡 Conservation et réchauffage

❄️ Au frigo : 1 jour

Comment : boîte hermétique, sauce et homard séparés

Réchauffage : Réchauffez la sauce à feu doux sans jamais la faire bouillir, puis plongez-y les morceaux de homard 2 minutes hors du feu.

Ne congelez pas le plat monté : le beurre de corail se sépare à la décongélation et la chair devient filandreuse. La sauce seule, avant le montage au corail, se congèle 2 mois.

🔄 Variantes

Aux langoustines ou aux gambas

La même sauce, avec 1 kg de grosses langoustines entières saisies 2 minutes et remises 2 minutes en fin de cuisson : trois fois moins cher et sans le geste du homard vivant.

Version sans lactose
Sans lactose

Montez la sauce avec le corail écrasé dans 60 g d'huile d'olive au lieu du beurre, et remplacez la crème par 3 cuillerées de sauce réduite supplémentaire. La sauce est moins veloutée mais garde toute sa couleur.

🍽️ Avec quoi le servir

🍷 Vin

Un blanc de Bourgogne un peu vineux, chablis premier cru ou meursault jeune, qui tient tête à la tomate et au cognac.

Pour aller plus loin

🧪 La chimie et la physique de la recette

Dénaturation des protéines
Chimie

La carapace vire au rouge vif parce que la chaleur dénature la crustacyanine, la protéine bleue qui séquestrait l'astaxanthine ; libéré, ce pigment rouge apparaît. Le changement de couleur est donc un thermomètre : quand tout est rouge, la surface est cuite.

La chaleur, l'acide ou le fouettage déplient les protéines et changent la texture (viande qui raffermit, poisson qui « cuit » au citron).

Réaction de Maillard
Chimie

Les 3 minutes à feu vif sur la carapace ne cuisent pas la chair, elles construisent le goût : c'est le brunissement des protéines et des sucres de la carapace qui donne à la sauce son parfum de crustacé grillé.

Brunissement et arômes des aliments riches en protéines et sucres saisis à haute température (> 140 °C) : croûte du pain, viande saisie, oignons dorés.

Extraction des sucs et déglaçage
Chimie

Le cognac flambé puis le vin blanc dissolvent les sucs caramélisés collés au fond de la sauteuse : l'alcool solubilise des arômes que l'eau seule ne récupère pas, et tout repart dans la sauce.

Les sucs caramélisés au fond du récipient se dissolvent dans un liquide : c'est la base des sauces.

Réduction et concentration
Physique

La sauce est réduite d'un tiers après avoir retiré le homard : l'eau part, le goût reste, et la texture passe de liquide à nappante. Réduire avec le homard dedans le surcuirait pendant ce temps.

L'évaporation de l'eau concentre les saveurs et épaissit sauces, jus et confitures.

Émulsion
Physique

Le corail écrasé au beurre est incorporé hors du feu : ses protéines émulsionnent le gras dans la sauce et la font virer à l'orangé velouté. Remise à bouillir, l'émulsion se casse et le corail granule.

Dispersion stable de gras dans l'eau (ou l'inverse) grâce à un émulsifiant et à l'agitation : mayonnaise, vinaigrette, ganache.

🔪 Les techniques utilisées

Saisir

Sauteuse très chaude, huile et beurre ensemble : le beurre donne le goût, l'huile relève le point de fumée pour que rien ne noircisse pendant les 3 minutes de coloration.

Flamber

Le cognac est flambé hotte éteinte et à distance : les flammes brûlent l'alcool cru et laissent les arômes du cognac, sans l'amertume de l'éthanol.

Concasser

Les tomates sont concassées grossièrement, avec leur jus : elles doivent fondre dans la sauce en 12 minutes, pas y rester en morceaux.

Réduire

Réduction d'un tiers à feu vif : la sauce est prête quand elle nappe le dos de la cuillère et qu'un doigt y laisse une trace nette.

Monter au beurre

Le beurre de corail est fouetté dans la sauce hors du feu, en une fois : c'est l'étape qui donne la couleur, la brillance et l'onctuosité, et la seule qu'il est impossible de rattraper si elle bout.

💡 Conseils supplémentaires

  • Achetez les homards vivants et cuisinez-les le jour même : la chair d'un homard mort depuis plusieurs heures se délite et perd son goût. Demandez au poissonnier de les tuer si vous préférez, et cuisinez dans l'heure.
  • Endormez les homards 20 minutes au congélateur avant de les tuer : ils sont immobiles, le geste est net et le découpage bien plus sûr.
  • Le corail et les parties crémeuses de la tête sont le trésor de la recette : récupérez-les à la cuillère au-dessus d'un bol pour ne rien perdre du jus, et ne les jetez sous aucun prétexte.
  • Retirez la petite poche de gravier derrière les yeux : elle contient du sable et rendrait toute la sauce crissante.
  • Le débat armoricaine ou américaine ne se tranche pas : la recette telle qu'on la connaît est née à Paris en 1867 chez un cuisinier de retour des États-Unis, mais le nom breton lui est resté et la Bretagne l'a adoptée.
  • Si vous n'osez pas le homard vivant, la même sauce est magnifique avec des langoustines ou des gambas entières : deux minutes de cuisson au lieu de douze.

Avis